Comme à chaque fois, la résurrection nocturne a opéré, mes rotules se sont ressoudées et j’ai envie de marcher. Je remplis le réservoir cette fois d’un bon café. Je continue aujourd’hui une partie du fameux GR10 que j’ai suivi hier avant de bifurquer à mi-parcours sur Itxassou, au cœur de l’AOP du piment d’Espelette.
Je sais que Paul l’Irlandais et sa compagne (Paulette???…) feront également étape au même endroit. Je les retrouve à la sortie de Bidarray précédés de deux bidasses au paquetage surdimensionné. Eux prendront une variante, avec moins de kilomètres, moins de dénivelé. Leurs bagages les rejoignent en taxi. Par ailleurs, ils m’informent (en français, rare pour des anglophones) que notre hôtel commun, l’Hôtel du Fronton (spécialité basque) n’ouvrira qu’à 18h. Ce qui devrait laisser le temps de musarder…
La montée ne fait pas de cadeau mais le sentier, moins caillouteux que la veille, se laisse avaler. On change d’ambiance en quittant la forêt. La pente s’accentue. Le soleil réchauffe l’air encore humide. La rosée sur les fougères s’évapore. J’aperçois un peu plus haut une plateforme à mi-hauteur entre la partie forestière et sommitale. J’y prévois une pause qui s’annonce délicieuse. En effet le promontoire est idéal avec une vue plongeante sur la vallée et le chemin déjà parcouru. La température est idéale également, je me déshabille presque entièrement pour faire sécher mes effets.
De mon perchoir, je peux observer les allers et venues des randonneurs.
Ceux qui descendent sont des locaux, on est bien loin de la fin de l’étape pour ceux qui suivent le GR… Ceux qui montent viennent aussi de Bidarray et je ne tarde pas à apercevoir ce cher Steve et son gros sac d’autonomiste. Il me rejoint sur la terrasse, chaudes salutations de rigueur. Pour ne pas poser son sac, il me demande sa bouteille d’eau, accrochée à l’arrière. Je lui la tends, il boit quelques gorgées rassasiantes, je la rattache comme initialement. La scène biblique qui s’en suit restera à jamais un souvenir impérissable.
Steve me demande alors s’il peut dire une prière. Une prière qui m’est destinée. Une bienveillance qu’on ne refuse pas, même seulement vêtu d’un slip et d’une casquette. Avant les premiers mots, il ôte sa casquette, je fais de même, perdant ainsi la moitié de mes attributs vestimentaires… Bien trois minutes d’une prose attentionnée bénissant le chemin de ma vie auront raison de mes émotions. Le vieux punk qui est en moi reste silencieux. Je serre la gorge le temps que le pasteur reprenne le sentier et laisse échapper un sanglot une fois son dos tourné. Il me faudra bien vingt minutes pour me remettre, le regard perdu dans le bloc de granit qu’il me reste à gravir.
Dans un décor pareil et galvanisé de bénédictions, la grimpette devient une formalité.
Je file sur les traces de Steve, le rattrape et prend même quelques longueurs d’avance. Une avance suffisante qui m’assurera de pouvoir à mon tour bénir son périple avant la croisée des chemins. Et c’est au col de Mehatse que nos destins se sépareront. Les pottoks, chevaux sauvages endémiques quasi préhistoriques y font la sieste, tournés vers l’Est. A l’Ouest c’est l’Océan qui se dessine. Je me dirigerai vers le Nord.
Après avoir quitté Steve et le GR, le sentier ne s’offre qu’à moi, je navigue au milieu des chevaux jusqu’à une (ancienne?) base de sécurité aérienne. Une balle de golf géante en haut de la crête qui révèle une certaine méfiance de la turbulence franquiste de l’époque. J’emprunte ensuite un chemin typiquement basque, privé de tout lacet, pour rejoindre la vallée. Droit dans la pente, mes tendons rotuliens, qui se croyaient tirés d’affaire, se remettent à crier, fort.
J’arrive sur la place du fronton d’Itxassou à l’heure d’une partie de pelote traditionnelle, les genoux dézingués. 19h, il fait beau et chaud. J’aperçois encore là haut derrière moi le Golf Cross. Je savoure le travail accompli en attaquant la séance de récupération.
Bière, Chipirons, Sanglier, Tisane et Nuit Douillette.









