Lucena

Je profite plus qu’il n’en faut de mon hôtel préféré et tarde à lever le camp. Ma réunion café/topo se termine par la décision d’arrêter la journée à Lucena, qui marquera le début de la voie verte. Pousser plus loin ne servirait à rien, puisque mon compagnon de route arrive demain à Cabra, 15km après Lucena. Je ne rêve pas non plus d’un bivouac au cœur du Poligono Industrial. Une soirée tapas dans une petite ville d’Andalousie me convient tout à fait, j’ai des progrès à faire en espagnol. Une douche réparatrice également, j’ai des progrès à faire en hygiène corporelle.

Je laisse les berges de l’Anzur et m’enfonce dans les oliviers, cap NE. Une première montée jusqu’à un plateau. Puis une deuxième plus longue jusqu’à surplomber Lucena.

Disséminés au milieu des arbres, les panaches de fumée des tracteurs ponctuent le paysage géométrique. C’est le temps du travail préliminaire à la récolte des olives. On élague, on débroussaille, on épand. Les engins remorquent des cuves aux dimensions sanitairement inquiétantes. Voilà pour les soins du sol… On bichonne aussi les feuilles pour éviter la cochenille. Je choisis mal mon ombre pour la pause. A peine à quelques dizaines mètres, un paysan looké façon Madmax, un masque total avec lunettes et double filtre pour la respiration, une sulfateuse à la main. Un GI des forces spéciales andalouses qui travaille bien sûr la terre pour notre santé à tous. Les doses bénéfiquement toxiques qui m’ont été injectées au CHU trouvent alors une utilité extra-medicale, mon indifférence est totale devant Terminator, même si je passe mon chemin pour le pique-nique.

Je pousse finalement jusqu’à la pause méridienne que je synchronise avec le température du four qu’il y a dans le ciel. Je reste deux heures sous l’olivier au feuillage le plus épais.

Effort vain, il reste encore 35°C dans l’air quand j’entame ma dernière heure de marche jusqu’à la ville.

La chica de la réception de mon hostal Doña Lola me fait tout de suite bien marrer.
« Phenomenal » , c’est le mot qu’elle emploiera à maintes reprises et sans retenue pour me qualifier, sans que je comprenne vraiment pourquoi. Toujours en souriant. Entre ses dents et son très rouge à lèvres, on se croirait à la San Firmin de Pampelune.

Sur ses conseils, je finis à la taverne Barylles, le duo Caña con Tapa est à un prix dérisoire. Après moins de dix euros dépensés, je n’ai plus ni faim ni soif.

En pensant à demain et à l’arrivée de mon poteau, je n’ai plus sommeil non plus.

Alors je fume.