De mon étude topographique ressort que nous n’atteindrons pas l’objectif initial.
Ce qui n’est pas très grave mais demande quand même une révision du parcours. On pourra alors garder notre rythme assez relax. Au lieu de rejoindre Tighza demain par la pampa, on y sera ce soir en marchant le long de la route. J’ai réservé une chambre là-bas, espérant gagner du temps de mise en route le lendemain en prévision d’un départ matinal vers le lac Tamda Oughmar.
Ce sera une journée de « civilisation » qui commence par la traversée de Timjoujte, petit village à cette heure encore bien calme.
Nous nous dirigeons ensuite vers Telouet, une bourgade plus animée reliée par la route et qui figure même dans les guides grâce à sa Kasbah.
Effet « Las Vegas » garanti : des magasins, un marché, des taxis, des cafés, des restaurants.
Au premier arrêt shopping sur le thème du soleil, Rémy achète des lunettes et un tube de crème à partager avec Bruno de Komodo, qui a attaqué sa mue.
Je n’ai besoin de rien ici. Entre chèche, chemise manches longues et patrimoine génétique ibérique, j’ai réussi à déjouer les attaques les plus sournoises de l’Astre.
Mais comme le boutiquier est très sympa, je lui fait part d’un autre besoin, tout aussi sanitaire. Quand il entend « Ftor Beldi » (petit déjeuner local), il me dit « Blati » (attends!)
La suite est magnifiquement prévisible. Son pote cafetier arrive du bout des Champs Elysées pour nous accompagner chez lui. A la vue de notre barda et après le coup de fil du lunetier, il comprend qu’on a faim, sa journée commence bien, la nôtre encore mieux.
Pluie de thé, déferlante d’omelettes berbères, fromage, amlou… En parallèle du festin, on continue notre sérieux shopping. Ayant un coup de retard, j’achète de superbes claquettes chinoises dans l’échoppe attenante, puis suit la boulangerie, le légumier et en enfin l’épicier, tout ça en moins de cinquante mètres. Pas de lèche-vitrines, droit au but sans perdre de temps.
17km jusqu’à Tighza. Treize de route puis quatre de piste jusqu’au village qui marque la fin de cette piste longeant la rivière Ounila. On avale la portion de goudron sous le soleil de midi, plus chaud mais moins toxique qu’en altitude, ponctuant notre effort de pauses ombragées. On maintient toutefois la cadence, il y a peu d’arbres et les anciennes carrières de sel n’invitent pas à la méditation.
On quitte l’aridité du bitume pour bifurquer sur la piste en suivant l’oued. L’eau change la vie, l’eau change la vue. L’explosion de vert nécessite un ajustement rétinien. On retrouve le dénivelé et l’ombre. A moins de deux kilomètres de notre destination finale, je tombe en panne glycémique et demande une pause grignotage.
Tighza est à flanc de montagne. La terrasse du gîte est sensée être panoramique. Effectivement, il surplombe le village. La dernière côte m’achève, je suis roussi, carbo, en PLS comme disent les sportifs. L’aide du chariot ne m’a pas suffi. Les amis pourtant chargés de sacs remportent cette étape roulante, pénible pour les grimpeurs.
L’étage entier réservé sur internet s’est transformé en petite chambre sombre mais dotée d’une belle terrasse et d’une salle de bain. Le thé de bienvenue nous retape, on dévore aussi la vue sur la vallée juste avant un festin sans fausse note, exception faite du néon nauséeux d’un blanc trop bleu.
Je délaisse l’exiguïté de la chambre pour monter une demi-tente sur le balcon ouvert sur un plafond étoilé sans limite.
Et commence à rêver que, comme le ciel et James Bond, demain durera toujours.
