À partir de Lucena, c’est la Via Verde del Aceite, et ce pendant cent kilomètres. Une ancienne voie ferrée reconvertie en bande cyclable. Il y a encore beaucoup de citadins au début du parcours. La progression est facile, ce qu’on appelle une promenade de santé.
Santé par contre défaillante pour mon fidèle carrosse. Attentif au moindre changement sonore, j’entends un cliquetis suspect. Deux scénarios possibles. Le premier, un câble ou autre ficelle qui frotte la roue. Rien ne pend, rien ne frotte. Le diagnostic est donc facile puisque la blessure connue. Un rayon est cassé. Rien de grave, il y en a d’autres, on pourrait sûrement finir l’aventure sans réparation comme on peut vivre avec un doigt en moins. Mais s’occuper de la maintenance de son véhicule, c’est s’assurer de la pérennité de son entreprise. Et sauter l’étape réparation alors qu’on approche de la petite ville de Cabra serait une erreur.
J’arrive à la Pensión Guerrero à l’heure du repas. Maria José m’accueille entre deux gamelles. Ce qui se trame dans la cuisine se répand dans le patio sous forme olfactive.
A mi-déchargement, j’abdique temporairement et lui demande un couvert.
Après une salade et un ragoût de viande aux patates, le filet de merlu, évidemment inattendu et en trop, m’achève.
En rotant, j’accompagne la patronne sur la terrasse, elle enchaîne avec la buanderie. Pas de siesta andaluciana, elle tient la boutique d’une main de maîtresse. Tandis qu’elle étend son linge, je fais sécher ma tente et lui demande pour mon rayon cassé.
Elle connaît justement un ami cyclo/mécano qui pourra m’aider, la providence.
Palier de décompression avant la sieste, je fume une cigarette sur la terrasse intermédiaire. Un vieux est là, fumant un cigarillo en somnolant. Un faible Holà s’échappe de sa bouche largement édentée.
Je redescends les escaliers serein, en direction de mon lit et en attendant mon ami Bastoche qui déboule à 18h depuis le pays de la frite à la graisse de bœuf.
Je retourne fumer une cigarette après la sieste. Synchronisation parfaite, le vieux est lui aussi de retour mégot au bec après la traditionnelle siesta. Cette fois, aucun Holà ne sort de sa bouche. Magie de la communication des flux, il s’exprime différemment, il est maintenant couvert de pisse. Ce qui ne semble pas déranger sa dégustation de tabac. Peut être la climatisation andalouse. J’imagine en souriant le palier qu’il franchira pour ma troisième cigarette…
Bastoche arrive à la pension en même temps que Yoni qui doit s’occuper de ma roue.
Il repart illico avec sous le bras pour me la ramener plus tard.
S’en suivent des retrouvailles attendues. On prend des nouvelles, on discute de l’itinéraire, des traditions locales. On est contents. Cabra est une ville de vieux et les tapas n’ont malheureusement pas l’allure de celles de la veille.
A propos de vieux, personne sur la terrasse au moment de la dernière cigarette.
En pouffant comme des gamins, on regarde la chaise vide qu’on laissera libre.
Respect et précaution.







