Le Lac

Il est déjà bien tard quand nous passons la porte du Riad Bouchaoud pour attaquer la montée vers le lac. Et malgré un copieux petit déjeuner, je me trouve bien peu en jambes pour le kilomètre de dénivelé positif qui nous attend. Le chariot ne me sera d’aucune utilité, la largeur du sentier n’excédant pas les deux pieds joints, ce qui reste confortable pour une mule de montagne.

Le chemin s’enfonce dans de petites gorges. La végétation y a trouvé refuge, l’eau de l’Ounila assure la vigueur des nombreux arbres comme elle permet la vie aux habitants de Tighza. Je me dis que c’est également un territoire idéal pour un animal d’une redoutable mignonnerie, typique de l’Atlas marocain : l’écureuil fouisseur.

On s’était rencontrés à maintes reprises dans la région d’Imi’nTanoute il y a quelques années. Souvent en nombre quand on s’éloigne des villages. Une sorte de chien de prairie muté en écureuil de montagne amateur de galeries !

Comme pour les écureuils fouisseurs, on se demande si les joueurs du PSG seront au rendez-vous. Rémy a pris la lourde décision de regarder la demi-finale de Coupe d’Europe en différé, prenant un gros risque de spoliation dans un pays où un berger d’altitude peut tout à fait vénérer le Dieu Football et intégrer le résultat du match dans les salamaleks d’usage…

Le paysage s’ouvre sur un vaste cirque. Les torrents confluent vers ce qui sera l’Ounila. Les sommets qui nous entourent dépassent allègrement les 3000m d’altitude. Le décor est juste incroyablement gigantesque. Et nous sommes comme trois moineaux venus picorer quelques miettes de ce spectacle qui se joue chaque jour et depuis la nuit des temps.

A l’heure du zénith, seule une mince barre rocheuse peut nous offrir un peu d’ombre. On y trouve un groupe de trois touristes français avec guide, mules et muletiers, assis autour du repas. Ils arrivent d’Ifoulou, au bord de la rivière Tessaout, nous informent que le Lac que nous visons tient plus du marécage que du lac de montagne. Ce qui signifie qu’il nous faudra atteindre le point d’eau permanent du fond du vallon.

Timing serré et faible forme du jour me font douter quant à profiter de cette dernière montée vers un univers strictement minéral. Et pourquoi pas élire domicile ici-même pour notre dernier soirée outdoor? Le spot est parfait, c’est l’assurance d’un bon moment. Les amis ne bronchent pas, le plan est en cours de validation…

Les Français s’enduisent de crème solaire et continuent leur descente jusqu’à Tighza. Leur pain devenu superflu, on le récupère, n’en ayant pas trouvé au village.

L’après midi qu’on partagera sera comme les ruisseaux qui nous entourent. Un écoulement lent, limpide, rassurant et bienfaiteur.

Par une promenade circulaire dans le cirque, nous tentons en vain de prendre la mesure d’un décor démesuré.

La dernière surprise viendra du ciel. Une cohorte de satellites Starlink vient illuminer notre brossage de dents. On pourrait les toucher du doigt.

Entre dinosaures et vie sur Mars, on s’endort tranquillement.