Je profite de l’aisance logistique d’un logement pour partir en début de journée ce qui, en Andalousie, correspond environ à 10h. La météo m’annonce pour aujourd’hui la journée la plus chaude du séjour. Les prévisions s’avèrent fiables puisque le four s’allume déjà à midi. Je fais ma pause à l’ombre du dernier figuier de ma portion de Via Verde del Aceite.
On en aura profité pendant près de cent kilomètres. Un délice pour ma charrette et un bien moindre effort pour les pousseurs. La construction de la voie ferrée a eu pour effet d’aplatir le dénivelé des vallons d’oliviers rendant notre progression facile.
Les viaducs nous ont offerts des canyons vertigineux. La végétation y est bien plus généreuse que dans les plantations vigoureusement sulfatées. On y a cueilli et mangé des asperges sauvages, les mûres d’un mûrier. On y a vu des fenouils en fleurs, des aromatiques inconnues. Cette voie verte est un cordon de vie au milieu d’un désert créé par l’homme. On y a presque manqué d’eau nous aussi.
J’emprunte maintenant un autre réseau de chemins : la Ruta Arqueològica de los Torreones. En fait, en des termes moins élogieux, ce sera « les chemins défoncés parsemés de ruines sous forme de tas de cailloux »
Le relief a les qualités de ses défauts. Monter sur la colline demande un effort mais offre une récompense panoramique. Un enchaînement de montées et de descentes jusqu’à surplomber Fuerte del Rey. Un goûter avec vue sous un olivier, à l’ombre optimisée par des rayons solaires maintenant moins verticaux.
Un deuxième goûter une heure plus tard à base de jambon cette fois et attablé en terrasse de l’unique bar ouvert dans le pueblo. Il me faut manger. Il est 18h et je me prévois encore une dizaine de kilomètres jusqu’à la Torre Maria Martin, des ruines qui n’inspirent pas un fantasme Urbex, mais un site qui promet un beau 360°.
L’ultime côte me cisaille jambes, bras et moral, les dernières centaines de mètres jusqu’au perchoir sont une torture. Je ne regrette déjà pas la décision d’avoir pris trop d’eau à l’épicerie du village.
Les ruines de la tour sont presque inexistantes mais le spot a de l’allure. N’ayant aucun ennemi à chouffer vu d’ici, je regarde béatement le soleil se couchant dans un ciel aussi laiteux que l’acide de mes muscles.
Un vent sans aucune humidité se lève du Sud et me sèche la face alors que j’observe le chemin parcouru. Fuerte del Rey, Torredelcampo au deuxième plan, puis au loin Martos, adossée à son téton.
Les villes s’allument.
Je m’éteins.
Ivre d’endorphines.





