Rio Guadajoz

Il nous sera impossible de quitter Zuheros avant 11h. A la fois, rien ne nous presse. Excepté peut être le plomb du soleil qui à son zénith anéantit toute motivation et stoppe la progression.

C’est bien l’Astre qui régit notre aventure. C’est le lui le patron, il décide de tout. Sous ces latitudes, on s’exécute, on ne transige pas. Le Monsieur est plutôt cyclothymique. Des caresses le matin pour réchauffer nos os et faire sécher nos tentes. Mais aussi des cris et des coups qui nous écrasent à la mi-journée et nous collent sous un olivier.

Après la même manip qui avait hier impressionné la voisine, à savoir un portage de charrette dans un escalier étriqué, nous y revoilà.

On croise des chiens d’eau espagnols, une race locale de berger, sorte de caniche géant très massif. Le toutou est rasé à moitié, on épargne la partie supérieure. On dirait un micro et sa bonnette.

Nous redescendons du perchoir blanc de Zuheros jusqu’à regagner notre fil rouge, vert comme le nectar qui lui a donné son nom, la Via Verde del Aceite.

Aceite veut dire huile. Aceitunas, les olives. Donc huile veut dire huile d’olive. Le concept est clair, brutal. Et nous optons donc logiquement pour l’intensification de notre consommation. Le gras d’olives s’en trouve l’alter ego liquide du pain qui accompagne charcuterie, fromages, oeufs…

Notre itinéraire nous invite à contourner la petite ville de Luque par le Nord en cheminant parallèlement à la Départementale qui conduit à sa grande soeur la Nationale. Comme l’Affluent coule vers son aîné le Fleuve. A la confluence, nous savourons un lâcher de barrage de soda américain dans un bar sans âme de bord de route. A l’étiage, nous suivrons de loin la rivière N432 en direction de la Laguna del Conde ( la Lagune du Comte, pensée privée…)

Les projets de baignade de mon acolyte un peu belge seront nettement revus à la baisse quand la jardinière géante, plus que la lagune, se profilera un peu plus au sud. Le violet domine, mais aussi du rouge et du jaune, en quantité suffisante pour au moins se baigner l’oeil, les couleurs ayant trouvé leur booster dans les récentes pluies diluviennes.

Les yeux revigorés mais les pieds bien peu rafraîchis, la marche suit son cours. C’est la fin d’après midi et je mise sur les alentours du Rio Guadajoz pour notre bivouac. Un viaduc spectaculaire. En contrebas, une rivière avec de l’eau. Un cadre qui devrait faire une belle affaire.

Le temps d’embarquer un nouveau passager. Immobile et tout aussi sec que le sol de la voie verte sur lequel il repose, un crapaud, effectivement desséché et sans aucune trace de blessure. Enquêteurs motivés, nous tentons de reconstituer les derniers moments du batracien.

Sans toutefois pouvoir apporter une conclusion satisfaisante. Et même si notre capacité d’analyse est toujours émoussée par un soleil encore teigneux.

C’était pour moi la fin de l’enquête. Mais c’était sans compter sur l’amour que porte mon collègue aux carcasses d’animaux. Dans sa tête, c’est clair, il rejoindra une collection déjà bien entamée, il n’est plus question de laisser le crapaud terminer sa momification. En imposant une boîte en plastique pour le transport, je prétexte la préservation du corps de la victime pour assurer un minimum de cordon sanitaire. Car cette bête est ma foi bien répugnante.

Une laideur vite oubliée en arrivant à notre lieu de villégiature nocturne. Le viaduc apparaît, fier et solide, enjambant son canyon. Au fond coule le Guadajoz, petit frère du grand Guadalquivir.

Une ruine se tient là, juste avant la passerelle métallique. L’air sec de l’Andalousie a épargné l’usure du temps. Un arrêt, probable point de chargement de cargaison d’huile, qui marquera aussi notre halte.

Tout y est parfait.

L’heure bénie des rayons horizontaux nous berce jusqu’au dîner.

Le hamac que dessine ensuite la lune nous invite au coucher.

La paix.