Le programme socio-topographique du jour est on ne peut plus simple. Deux villages et deux rivières.
Pour le côté social, ça devrait être calme. Pour le côté aquatique, je ne sais pas trop à quoi m’attendre.
Je redescends de la Loma del Viento, la colline du vent, et me dirige vers Cuevas Bajas que je traverse sans m’attarder. Je marque une pause peu après pour une autre traversée, celle du Rio Genil, le deuxième fleuve d’Andalousie en termes de débit. Il n’a ici rien de spectaculaire mais je ne me moque pas. Je repense à la Seine en Bourgogne qui avait la mignonnerie d’un ruisseau de montagne. Le lit du Genil est argileux, vert de gris, on dirait un clocher. Patronymiquement, il n’a pas la classe du Guadalquivir, c’est certain.
A la vue de l’heure, 16h30, je comprends que la traversée d’Encinas Reales aura un parfum de confinement. Tout le monde est aux abris, c’est une tradition. Sieste pour la plupart, somnolence pour les autres. De mon coté, j’essaye d’éviter la surchauffe, je m’arrête entre 14et 16h, puis fractionne ensuite jusqu’à 18h, quand la température redevient clémente.
Je franchis l’autoroute à la sortie du village, un tunnel me le permet.
Le prochain franchissement sera bien plus délicat. Je dois maintenant traverser le Rio Anzur, affluent du Genil. Les inondations de la semaine dernière ont sûrement gonflé son débit.
La traversée prévue par mon itinéraire est strictement impossible. Un mètre de profondeur dans un courant quand même puissant, pas la peine d’y songer.
Mon plan B contourne ce passage, un léger détour, rien de méchant.
Mais, malgré une dalle de béton qui facilite les choses, il reste 20cm de hauteur d’eau, et le courant qui correspond.
Je me déchausse, la première partie de l’épreuve est un réel plaisir. Je profite du moment de fraîcheur à l’ombre, les pieds dans l’eau, cigarette au bec.
A l’aide d’une baguette de bambou, je jauge le niveau d’eau et le compare à la hauteur de mon véhicule.
Sans plan C, j’accepte le verdict sans appel, je dois décharger sous peine d’une inondation de charrette.
Je traverse sac au dos, avec l’essentiel pour une nuit au sec, tente , matelas, duvet.
Je laisse ce qui est étanche au fond du carrosse et change de rive, plus ou moins ballotté par la force du courant.
La manipulation me prend une petite demi-heure.
Je change mes plans de bivouac, un peu échaudé par cet effort inattendu.
Je ne quitterai les rives de l’Anzur que demain, je grimpe sur une bute pour la nuit, malgré tout motivé pour un panorama. Je passe la parcelle cultivée pour plus de discrétion. Les gouttes annoncées n’arriveront pas, emportées par le vent. A l’ouest le beau temps. A priori pour tout le séjour.
Comme toujours, la pleine nature m’offre les meilleures nuits.
Comme souvent, la marche m’offre les meilleurs jours.
Je ne suis pas là par hasard.






