Quatre jours à marcher avec mon fidèle carrosse jusqu’à l’arrivée mercredi de mon ami Bastoche. Apparition magique, il partagera le chemin jusqu’au dimanche. Voilà pour le casting et son déroulé.
L’itinéraire, toujours fait maison, se partagera entre le camino Mozarabe, qui menait les chrétiens de l’époque arabo-musulmane à Santiago de Compostela, et la Via Verde del Aceite, ancienne voie de chemin de fer convertie en piste cyclable entre Puente Genil et Jaen, la capitale régionale. 200km environ. Dix à douze jours de marche. Une belle et chaude météo annoncée. Les récentes et violentes inondations sont passées. Les voyants sont au vert. Les oliviers aussi.
Les nouveautés gadgétistiques :
– Un parasol à trois axes qui se fixe au guidon de la charrette. Pur produit issu de la mondialisation. Vingt balles. Bien sûr fabriqué en Chine. Durée de vie probablement comparable à celle d’une étoile filante.
– un kit Steven Spielberg, mon dépucelage de vidéaste. De quoi mettre des images dans la boîte. La technique la plus simple d’appuyer sur le bouton. On verra ce qu’on verra.
Je rejoins le chemin des amandiers à la sortie d’Antequera et plonge tête baissée dans le voyage que j’attendais. Très rapidement, mes sens s’aiguisent et je deviens un animal de cette campagne inconnue.
L’air est sec, le ciel encore très poussiéreux. Cette semaine, la chaleur n’ira qu’en augmentant. Il fait très chaud et ce n’est donc qu’un début. une douzaine de kilomètres entre amandiers et oliviers avant de rejoindre Cartaojal. Je tombe facilement sur le seul endroit d’ouvert. C’est dimanche, tout le bled est là dans un état d’ébriété variable et propre à chacun. Par une politesse à peine perceptible, on fume son joint sur le trottoir d’en face, digestif à la main. Le soleil assène le dernier coup de massue avec ses 35°C.
Je suis une fois de plus un extraterrestre au guidon de ma Carrossa. Devant ces nombreux yeux vitreux, je développe mon discours écolo-fantaisiste.
« Va por los caminos con el coche del futuro, que fonctionna sin gas ni electricidad, pero con piernas y huevos » (Je vais par les chemins avec la voiture du futur qui fonctionne sans essence ni électricité mais avec des jambes et des couilles)
Circonspection générale, je continue ma route après un café qui n’a d’intérêt que de par sa substance active.
J’ai déjà hâte de mon premier bivouac andalou et mon goûter fera l’objet d’une étude topographique minutieuse. Moyennant un léger détour et un bon coup de cul, me voilà sur le chemin d’un bute, d’un point haut, qui pourra m’offrir l’ivresse d’un panorama, l’apéro du bédouin. La colline est un quadrillage d’oliviers. J’en choisis deux comme voisins et me glisse au milieu. Au sol, plus rien ne pousse, on dirait un emplacement de camping sur la Côte d’Azur au mois de septembre. Les arbres sont pourtant alimentés en eau, bien que je n’en ai pas vu de la journée.
En m’endormant, je pense à la recette chimique des cultivateurs du coin qui a transformé la terre en lune.
On dirait que c’est de la bonne.
Un dimanche à la campagne
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