Remember la France

Itxassou marque la fin des montagnes basques.

Bayonne marquera la fin de ma traversée de la France.

25km sans difficulté ni intérêt. Rejoindre la Nive au niveau d’Ustaritz en traversant la zone artisanale de Cambo les Bains. Puis suivre le chemin de halage jusqu’à l’Adour au cœur de Bayonne. Une monotonie propice à une rétrospective des 78 étapes entre l’Espagne et la Belgique.

Mon cerveau se met à cliper, du Sud au Nord :

Le Pays Basque en deux fois, 2017 et donc 2023.  Le Brouillard des Aldudes, les vautours, les pottoks, les chemins escarpés de granit, les chipirons, le fromage de brebis et sa confiture de cerises noires, les trop nombreux pèlerins de St Jean Pied de Port, les champs de piment d’Espelette…

La grande session de 2012, trois semaines, de Bayonne à la maison, juste avant l’été.

Suivre la côte landaise, d’abord en famille en mettant Filoche sur la charrette. Puis entre amis en rejoignant une tribu toulousaine à Mimizan. Quelques jours plus tard à St Loubert, près de Langon, chez la Bertrand Family. Un dîner avec ma maman en Corrèze avant de retrouver le massif du Sancy, après six mois de voyage à pied.

La partie nautique ensuite. Sur l’Allier, faite de micro-aventures de quelques jours en canoë, toujours en autonomie et toujours dans de bonnes conditions météo !! 

Entre Issoire et Moulins, en 2013, 2020, 2023…

La traversée du Morvan en deux sessions automnales solo, 2016 et 2018, deux semaines entre Moulins et Montbard. La colonisation revitalisante des Hollandais, les étangs, les forêts druidiques, la tranche de lard posée sur des œufs, l’accent et le brouillard à couper au couteau…

Et finir à la frontière belge après trois semaines de la Bourgogne aux Ardennes au début de l’été 2022 :

Rejoindre la vallée de l’Aube avec Olivier en passant par des bleds désertés. Les lavoirs, la Seine ridicule à Aisey, regarder les trombes d’eau abrités sous le préau de Vanvey, sympathiser avec le boucher de Montigny…

Quelques jours de pluie en Champagne, le lac du Der, avant de rejoindre la paire arverno-thaï. Laisser Rémy sur le carreau d’un no man’s land, au cœur du désert français du Grand Est, continuer avec Bruno qui a traversé la terre d’abord puis ensuite à pied, en poussant un chariot, ces villages dépeuplés et défraîchis  jusqu’à m’accompagner aux portes des Ardennes. Et s’en retourner si loin…

J’attendrai alors Hibou et Violaine à Charleville Mezieres pour les derniers kilomètres le long de la Meuse sous une chaleur intense, normale pour mes amis, anciens Marrakchis. L’odeur de frite qui s’intensifie à mesure qu’on s’approche de la Belgique.

Et les deux dernières étapes en solitaire jusqu’à ce que, dans un troquet, les prix du café et de la bière ne s’inversent. C’est la Belgique !!! J’ai traversé la France!!

Les flèches de la cathédrale de Bayonne se dressent maintenant au loin. Je n’ai pas quitté la rive gauche de la Nive depuis quelques heures. A la confluence avec l’Adour, je considère le contrat rempli. Une bonne chope mérite donc de l’être aussi!!! Je bois à ma santé qui le nécessite et me félicite pour le chemin parcouru, tout en salivant en pensant à celui qui reste à faire. Je me réjouis de ce que m’apporte ces promenades, des moments partagés avec les amis, des bienfaits de la marche solitaire aussi, de l’intensification du temps présent, de la cimentation des souvenirs sous le joug de l’itinérance…

A très vite donc, 

Au printemps j’espère, 

En Andalousie peut-être…