Le train de Toulouse me dépose à St Jean Pied de Port sous un mur de pluie. Deux jeunes locaux s’affairent en souriant autour d’une voiture rouge sous un ciel gris et bas. Ils sortent en quelques cagettes une vingtaine de kilos de cèpes fraîchement cueillis. Il y a de quoi sourire.
On a changé de saison, on amorce la descente vers l’automne, saison du Xanax et du potimarron. C’est pourtant la haute saison pour les pèlerins à coquilles. Le train en est bondé. Beaucoup d’américains toujours, fervents adeptes, et, nouveauté, beaucoup d’asiatiques. Le taxi, comme toujours quand il est d’humeur, me donnera quelques infos locales…
Les asiatiques sont Coréens. Les agences de Séoul vendent des pèlerinages partant de St Jean Pied de Port. On fait les deux premiers jours jusqu’à Roncevaux, puis on rejoint les environs de Santiago par transport pour les dernières étapes. Quelques tampons au début et à la fin et vous avez fait Compostelle. En ce moment, c’est 400 belous qui partent chaque matin. De la randonnée productiviste donc. Doublée d’un mysticisme d’apparat.
Mon taxi et son tutoiement typiquement basque me conduisent en compagnie de deux Irlandais vers St Etienne de Baigorry, laissée en 2017 au terme d’une promenade depuis l’Espagne avec Bertrand. On vient souvent ici pour marcher et le casting du gîte est révélateur.
Un couple de Français pour le GR10, ils viennent de Bidarray, mon objectif du lendemain. Un américain prendra la même route qu’eux mais dans l’idée de rejoindre la Méditerranée dans une cinquantaine de jours. Marie Paule, la soixantaine bien tapée , rejoindra Hendaye dans 3 jours, après 20 jours à pied depuis Moissac. Steve, un autre américain, 67 ans, pasteur, marche depuis Munich et vise Compostelle, déjà 80 jours de tatane derrière lui, encore 40 à se mettre sous la semelle. Kevin et son chien Pops remplaceront ce soir la patronne du gîte pour orchestrer ce beau monde et assurer tant l’apport calorique que le repos horizontal.
Prenant tout le monde par surprise, Steve, dans un professionnalisme peut-être un peu zélé, bénira notre repas au nom de Dieu. Je n’avais vu ça qu’à la télé, dans les séries américaines au doublage douteux. La scène est quelque peu invraisemblable parce que s’éternisant. Et que l’odeur des lasagnes semble bien plus convaincre la tablée que les paroles d’Evangile.
Entouré de promeneurs studieux ne tardant pas à rejoindre leurs couches, je prolonge un peu en discutant avec Kevin. L’amour des animaux nous réunit et sera notre seul sujet de conversation. Son destin est maintenant lié à celui de Pops, qu’il a trouvé pendu à un arbre, agonisant et inconscient. Il l’a ramené à la vie avec un massage cardiaque. Et Pops fait bien sûr preuve d’une gratitude sans limite envers ce bon samaritain.
On est vraiment des putain de barbares…




