Une allure fondamentale

Entre 2 et 6 km/h, c'est là que se situe l'allure fondamentale. Ce blog en fait l'éloge...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

09oct. 2018

Çà, c'est Montbard

Mon dernier jour de cette semaine de marche.

La brume qui peine à se lever invite à l'introspection. Les pas dissipent les mauvaises pensées. Et, alors que je n'atteindrai Montbard, ma destination finale, que dans l'après-midi, je songe déjà à la prochaine session qui en partira.

Pourquoi pas en vélo. Car c'est du plat qui m'attend, comme ces deux derniers jours de marche. Pourquoi pas jusqu'à Bruxelles où des amis pourront garder le vélo. Et pourquoi pas repartir de Bruxelles jusqu'à Amsterdam en rééditant l'opération stockage de vélo.

L'imagination va bon train tout en évitant l'écueil de l'utopie qui ralentit l'espoir. Comme l'appétit vient en mangeant, les idées viennent en marchant. Viendront elles en pédalant? Ce sera l'occasion de vérifier. L'excitation est là, c'est déjà un bon présage.

J'arrive à Montbard à 15h J'arrive au Bar à 18h Et savoure une bière de légionnaire, au goût de la mission accomplie.

2018-10-09-1.jpg

2018-10-09-2.jpg

2018-10-09-3.jpg

2018-10-09-4.jpg

08oct. 2018

Francis La Lame

Autoroute Lyon-Paris, TGV, champs de patates, de maïs... Demandez le programme jusqu'à Semur en Auxois...

Le long de la ligne à grande vitesse, un gros sac poubelle. J'ose le toucher du bout du pied. Un cadavre à l'intérieur. Je passe mon chemin sans vouloir en connaître la nature...

La voie ferrée désaffectée et sa trajectoire directe, qui m'apparaissait d'abord comme la bonne idée de la journée, s'avère impraticable au bout de quelques centaines de mètres. À moins d'être en possession d'une machette. La taille des ronces traduisent une utilisation précolombienne de ces rails... Et je choisis bêtement de longer la départementale pour les dernières longueurs, renonçant tristement à la poésie post-industrielle du chemin de fer abandonné.

Semur en Auxois me réjouit. La désuétude encore. Mais non sans charme. Château, belles bâtisses, sols pleureurs. Je sillonne la vieille ville de bas en haut avant d'atteindre mon hôtel et me réconcilie avec cette journée.

Au Bar de la Poste, la bière est fraîche. L'allure du client suivant l' est nettement moins. Vieux punkrockeur androgyne rescapé d'années d'acide. Collant moulant, rangers aux pieds, chevalières aux doigts, sous-pull panthère, sac de babeloche à clochettes en bandoulière et lunettes de soleil façon David Bowie. Un look aussi inclassable que dégueulasse. Mais très travaillé, le bonhomme sent bon et veut être vu. Complètement givré, en phase avec son accoutrement, il dit à peu près n'importe quoi et interpelle les premiers amateurs d'apéritifs qui finissent tout juste leurs journées de travail. Il veut que tout le monde soit " punk " et chaque nouvel arrivant a le droit a son sermon, la gêne est palpable devant l'agressivité de la requête. Tout le monde semble connaître l'individu. Une star locale donc. Qui sort son couteau à qui veut bien le voir. Un exhibitionniste de la lame. Les gens du coin s'écartent et sourient. Politesse méfiante.

Visière enfoncée, je règle mes dettes et fuis l'onde malfaisante de ce dégénéré. Direction resto.

Le revoilà alors que je trempe mes lèvres dans un expresso. Il se fait refouler, il est 21h. Il menace le patron. Je me lève et m'interpose pour payer mon repas. Il dit vouloir tout défoncer. Je fixe son regard, lui annonce qu'il n'en sera rien et qu'il ferait mieux de faire demi-tour, à moins de consentir à oublier pour toujours le bonheur de croquer dans une pomme. L'intimidation porte ses fruits, il dégage. Le patron se déride, m'offre le café.

L'orage est passé. Les clients attablés relèvent fébrilement les yeux de leurs smartphones.

Je lève le camp. Comment croire à la poésie du réel?

2018-10-08-1.jpg

2018-10-08-2.jpg

2018-10-08-3.jpg

2018-10-08-4.jpg

2018-10-08-5.jpg

2018-10-08-6.jpg

2018-10-08-7.jpg

2018-10-08-8.jpg

07oct. 2018

SANCHO

Le déluge d'eau annoncé n'a pas eu lieu. Certes, un peu de pluie cette nuit. Un dimanche d'automne un peu gris. Quoi de plus normal finalement.

Fraîchement fortifiée par ma traversée du Morvan, ma fibre de résistant me fait enfiler short et claquettes pour le petit déjeuner. Tout simplement le meilleur jamais mangé.

Le repas de la veille m'avait déjà mis la puce à l'oreille. A la fois raffiné et relax, très personnel et inspiré. Mais ce que je vois repousse les limites de la force de l'intention. La partie gauche du buffet est consacrée au salé : jambon à l'os, fromages de pays. mais aussi des oeufs à la demande : coque, au plat, brouillés... A droite, le rayon boulangerie pâtisserie. Tout y est fait maison. La baguette, le pain complet, la brioche, les croissants, le gâteau de Savoie, le pudding... Je navigue pendant près d'une heure entre cafetière et buffets, espérant vainement pouvoir tout goûter...

Au moment de quitter Rouvray et ses petits déjeuners gastronomiques, je croise Sancho, un cochon noir, dans la cour intérieure. A peine plus loin, son propriétaire, le chef cuisinier. Le fameux. Je le félicite pour son travail et nous discuterons la demi-heure qui suivra. Partage de valeurs et de recettes, nous nous comprenons rapidement. Je l'invite à un apéro en Auvergne en portant mon sac au dos.

Aujourd'hui, seulement une petite quinzaine de kilomètres. La forêt n'a plus la part belle. Des champs cultivés. Puis une rumeur au loin. L'autoroute A6 que je traverserai demain. Ce soir, j'ai la ferme de Forlonge pour moi tout seul.

2018-10-07-1.jpg

2018-10-07-2.jpg

2018-10-07-3.jpg

2018-10-07-4.jpg

2018-10-07-5.jpg

2018-10-07-6.jpg

06oct. 2018

MON FILS À L'OFFICE

J'attends la caresse thermique du soleil pour mettre un pied devant l'autre et recommencer. Car malgré les progrès technologiques époustouflants de ces dernières années, ça reste la meilleure façon de marcher.

Une dizaine de coups de feu pendant le premier kilomètre me dissuadent de prendre le maquis comme initialement prévu. On connaît l'adresse légendaire des chasseurs européens du XXIème siècle. On vise moins bien quand on a pas faim. La semaine dernière, un cycliste s'est fait abattre sur un GR. Et on sait que bien peu d'adeptes du deux roues arborent un déguisement porcin pour leurs promenades dominicales, et pourtant... " Demain, un dernier jour dans le Morvan! " me disais-je encore hier...

Je continue malgré tout mon bonhomme de chemin sans me soucier des balles perdues.

Chemin qui m'emmène à l'Abbaye de Pierre qui Vive pour la dégustation de mon panier repas prudemment commandé la veille. Un lieu pour l'esprit, j'y soignerai mon corps.

Une bonne soeur dévale le talus à pas de chat pour se rendre à la messe de la mi-journée. Elle me propose un pique-nique spirituel en me conviant à l'office. Je ne sais que répondre et souris bêtement à cette vieille nonne aussi sautillante que sympathique. Après avoir balbutié quelques mots d'excuse malhabiles, je file avaler mon sandwich dans les jardins de l'abbaye.

Rouvray apparaîtra en milieu d'après midi et marquera la fin de ma traversée du Parc du Morvan.

Un chic hôtel rempli d'amateurs de bonsaïs, un verre de St Véran. Me voilà en Bourgogne!

2018-10-06-1.jpg

2018-10-06-2.jpg

2018-10-06-3.jpg

2018-10-06-4.jpg

05oct. 2018

CA MARCHE

Je quitte le ranch après quelques cafés.

Après avoir traversé une clairière de sapins de Noël déjà étiquetés, je m'enfonce rapidement dans la forêt. Une forêt moins druidique que dans le Sud Morvan. Un parfum de Pilat ardéchois.

Je me lance en cheminant dans une réflexion linguistique, discipline pour laquelle je n'ai aucune compétence.

Les verbes Aller / Marcher / Faire m'interpellent. Et comme ce que je Fais, c'est Aller en Marchant...

Marcher, c'est mettre un pied devant l'autre, avancer. Marcher, c'est fonctionner. Mon frigo marche. Mais "je vais bien" ou "je vais à Rio". Marcher c'est aller. Pour un latin, ça va bien quand ça avance...Pour un anglophone, un frigo marche quand il travaille. Une personne va bien quand elle fait bien. La marche à pied et celle de l'appareil à raclette n'ont pas obligation à cohabiter dans le même mot...

Cette fantasque quête sémantique m'occupe une bonne partie de la matinée. St Brisson marque la fin de ma fièvre étymologique. Trois rues goudronnées, pas une âme en vue à cette heure méridienne. L'étang à la sortie du hameau m'offrira un peu de fraîcheur pour ma pause casse-croûte. L'élevage de cerfs derrière la clôture me fournit des compagnons de tablée. Moment de douceur avant de finir l'étape du jour à destination des bords du lac de St Agnan.

Une auberge pour la nuit, rien à des kilomètres. Un savoureux repas...Presque le songe d'une nuit d'été...

2018-10-05-1.jpg

2018-10-05-2.jpg

2018-10-05-3.jpg

2018-10-05-4.jpg

2018-10-05-5.jpg

04oct. 2018

RESISTANCE

La purge de la veille n'aura eu d'effet que d'aiguiser mon appétit. Le petit déjeuner est cette fois à la hauteur et j'attaque la promenade du jour par de nombreux allers-retours au buffet.

La journée sera estivale. De bonne augure quand on se dirige vers le lac des Settons, haut lieu touristique morvandiou.

Mais d'abord, traverser le maquis Bernard, poche de résistance à l'occupant durant la deuxième guerre. Ici, on s'est battu à mort, le petit cimetière au milieu des feuillus en témoigne. Entretien irréprochable, la mémoire est encore vive. Les rayons du soleil, presque horizontaux en ces matins d'automne, se font raboter par les résineux, filtrer par les feuilles des hêtres encore vivaces, et finissent leur trajectoire au niveau des tombes dans un contraste lumineux saisissant, entre fleurs fraîches et feuilles sèches.

Le lac des Settons ne tarde pas à montrer le bout de sa berge au farfadet que j'étais ce matin. Je dois maintenant prendre la casquette de plagiste. Au menu : pique-nique, torse nu, pieds dans l'eau, lecture et pédicure. Programme étonnamment estival...

La suite des évènements répond à une mécanique désormais bien rodée : voir où on dort / prendre une douche / boire un coup et échanger quelques mots / manger / dormir. En saupoudrant le tout de quelques notes et de quelques connections internet, on a la recette d'une fin d'après midi...

Alors ce sera La Vieille Diligence pour l'hébergement, ancien relais de poste transformé en ferme équestre.

Je m'y lave soigneusement et arrive beau comme un camion au PMU du Lac. Quelques deniers pour une boisson américaine au cola, quelques autres dans la caisse de la Française des Jeux. Aucun congénère francophone, je stocke ma salive pour une autre discussion.

Seul pensionnaire du gîte, je ne m'attarde pas à table.

J'honore mon repas et part profiter de la puissance de la fibre dans mes appartements.

2018-10-04-1.jpg

2018-10-04-2.jpg

2018-10-04-3.jpg

2018-10-04-4.jpg

2018-10-04-5.jpg

2018-10-04-6.jpg

03oct. 2018

LES PETITS PAYS BAS

J'attaque ma ballade d'automne en sifflotant.

Je traverse l'Yonne sans même penser à Emile Louis, la rivière est insignifiante. De grandes propriétés jalonnent le parcours, les propriétaires sont hollandais au vu des plaques de voitures. Brouillard et vieilles bâtisses.

Mon esprit vagabonde entre mysticisme druidique et faits divers sanglants...

Une cabane de chasseurs me ramène à la réalité. A l'intérieur, tables, chaises, bouteilles vides et femmes aux seins nus accrochées au mur... Ouroux en Morvan n'est pas loin, ce sera l'étape du jour. Un Hôtel du Lion d'Or comme il y en a des centaines en France.

Un traditionnel apéro pour fêter mon arrivée en ville. Non moins traditionnel que les Lions d'Or, un Café des Sports. Bar encore vide, patron hollandais. Mais ça se remplit. Pas un mot de français. Le garagiste arrive, lui aussi hollandais. Je me sent vraiment en vacances. C'est lui qui m'expliquera dans un parfait français le pourquoi de cette vague de migrants. L'état néerlandais a débloqué des fonds pour les candidats au départ, dans le but de lutter contre la surpopulation d'un territoire trop petit. Les opportunités immobilières d'un Morvan dépeuplé ont sans doute pu faire pencher la balance quant à la destination de l'exode...Jusqu'à ce que la communauté représente 10% des Ourouxois!! Il m'avoue, sans la moindre fierté nationale, que cette part s'envole à 40% les mois d'été...

Les éléments de l'enquête sociale réunis, je file prendre mon repas à l'hôtel.

Un menu abject que je remettrai au coeur de la nuit à l'endroit qu'il n'aurait jamais dû quitté, la cuvette des chiottes.

2018-10-03-1.jpg

2018-10-03-2.jpg

2018-10-03-3.jpg

2018-10-03-4.jpg

2018-10-03-5.jpg

2018-10-03-6.jpg

02oct. 2018

Retour en Morvan

Mon Allure Fondamentale me conduira cet automne en France, à Château Chinon, que j'avais laissée il y a deux ans après une course pluvieuse depuis Moulins. Cette fois, j'en partirai. Pour atteindre Montbard, près de Dijon, une semaine plus tard. Ce qui devrait réduire le compte à rebours kilométrique jusqu'au cercle polaire d'un peu plus de 130km.

La journée se place sous le signe de la désolation. Le trajet en train de Clermont ferrand à Nevers est, d'un point de vue agricole, apocalyptique. Les champs brûlés défilent, exterminés par la sécheresse d'un été millésimé. Seuls les pommiers, garnis de leurs fruits rouges, brisent cette monochromie aveuglante. A l'arrivée, Château Chinon semble aussi vide que le bus qui m' y a conduit. La moitié de cette petite ville est à vendre, la gloire du passé a trépassé. Boucheries, merceries, cordonneries, épiceries, tout y est passé...

Au mois d'octobre, les jours sont courts et j'ai choisi le confort des hôtels pour mon pèlerinage automnal. Le premier de la liste, je le connais : le Vieux Morvan et son charme (à débattre ) désuet... Rien n'a changé depuis mon séjour en 2016. A la fois, rien ne semble avoir changé depuis bien longtemps

2018-10-02-1.jpeg

2018-10-02-2.jpeg

2018-10-02-3.jpg

2018-10-02-4.jpg

2018-10-02-5.jpg

20avr. 2018

Rentrer

L'envie de pisser me sort de la tente à la première lueur du jour. Il fait chaud et sec. Je me recouche.

Le choix est fait, celui de la tranquillité. Aujourd'hui, je prends le chemin du retour, je n'aime pas les courses contre la montre. Et, malheureusement, le temps m'est compté.

Quand je remet le nez dehors pour de bon, l'atmosphère change radicalement. Frais et humide. un épais brouillard s'engouffre dans la vallée depuis le Nord. Promenade matinale dans la brume. Une petite dizaine de kilomètres avant de rejoindre un village pourvu de transports. Route secondaire descendante, il fait froid, c'est la fin du voyage, je trace... Un verre de thé chaud et bien serré en attendant le taxi pour Sidi Rahal. Une cigarette en attendant le bus pour Marrakech. Tout s'enchaîne avec une fluidité inhabituelle. Un peu sonné, fraîchement douché, je me retrouve attablé chez ma famille d'accueil pour le couscous du vendredi. Et tourne la page "Atlas 2018" de mon cahier "Allure Fondamentale". La suite plus tard et ailleurs. Très bientôt si possible...

2018-04-20-1.jpeg

2018-04-20-1.jpeg

19avr. 2018

Homonymie

Je quitte ma plaque de verdure peu après les premiers rayons du soleil. Et retrouve cailloux et chardons. Au niveau de la crête, le sentier n'est plus visible, les chèvres peuvent se disperser. Mais je ne suis pas une chèvre et chaque appui demande concentration, l'entorse à la cheville serait mal venue dans ce genre de décor. Personne, pas un bruit. 2000m d'altitude. Pas d'eau. Pour une montagne marocaine, l'anonymat absolu, la sécheresse garantissant une tranquillité totale. J'improvise mon chemin, la visibilité me facilite la tâche. La crapahute caprine prend fin en milieu d'après midi.

Pour l'heure suivante, ce sera canyoning, il s'agit maintenant de descendre la rivière. Parfois, un petit filet. Parfois, beaucoup d'eau. Abrupt. Glissant. Un kilomètre, une heure. Et je n'éviterai pas la chute, dans l'eau. Heureusement plus ridicule que lourde de conséquence. Une teinture ocre, un look d'enfer. Un Peau Rouge au fond d'un canyon. Le western se termine à la vue de la route. Je m'organise un goûter/réunion pour faire un point kilométrique de ce périple.

Il sera bien difficile de rallier Demnate et les 60km qui m'en séparent encore. C'est ce qui apparaît. Je calcule à la louche une grosse vingtaine d'heures de marche en tenant compte du dénivelé. Trois jours. Un de trop pour le créneau de cette année. Agacé, je me replonge dans l'analyse du tracé. Le trajet prévu ne présente pas d'échappatoire, donc un risque de ne pas trouver de transport. Et de rater l'avion du retour. Les quêtes du pélerin se limitent à l'essentiel, eau, nourriture, abri, des besoins vitaux. L'homme moderne a su se prémunir de la soif, de la faim et du froid. Mais non sans se soumettre au temps qui lui impose sa dictature. Et me voilà au garde à vous. Sous le joug d'un tyran invisible et sans pitié. Acceptation ou Opposition. Je choisis la première des deux mauvaises solutions. Un nouveau Plan B... J'opte pour la version luxe. Je me souviens qu'il y a une Kasbah à Ait Oumghar, pas si loin d'ici. je récupère par texto le numéro, réserve et me félicite d'avoir débusqué cette chic alternative. Quelques kilomètres de route, puis de piste.

J'avale la route. A l'intersection, j'aperçois la Terre Promise, Ait Oumghar, un tout petit village.

J'avale la piste. A la tête des premiers habitants que je croise, je comprends que je fais fausse route. Les sourires répondent à mes questions. j'ose finalement l'usage de la parole pour me renseigner, prêt à la déception. J'avais mal jaugé de la puissance homonymique du nom du patelain. Ailleurs, et sûrement pas bien loin, se cache un autre Ait Oumghar qui m'attendra en vain. Pas de lit, pas de douche, pas de tajine, pas d'eau minérale. Une tente, un bout de fromage et de l'eau de rivière. Je retourne ma casquette et redeviens un bédouin, je ne suis déjà plus déçu.

Le temps de trouver un spot au relief intime, de planter quelques sardines en titane et tout le monde se fait la malle.

Le soleil derrière l'horizon.

Le bédouin dans son duvet.

Sans chemise, sans pantalon.

2018-04-19-1.jpeg

2018-04-19-1.jpeg

2018-04-19-1.jpeg

2018-04-19-1.jpeg

2018-04-19-1.jpeg

2018-04-19-1.jpeg

18avr. 2018

Maquis

A peu près rétabli, je poursuis la mission en direction de Demnate. D'abord en voiture jusqu'à Zerkten pour retrouver mon itinéraire pédestre. J'ai le grand honneur de faire le trajet dans la voiture du Grand Patron du grand resto d'hier. Un ancien. Droit. en habit traditionnel. Kangoo pour la voiture. Pas un mot ne sortira de sa bouche. Mais son sourire n'en démordra pas. Un mode de communication rétinien finalement assez précis. De la télépathie en triphasé. Toujours plus précis que sa conduite qui aurait pu nous faire partager un triste destin commun. Je le quitte sans lui faire un hug mais le coeur y est. L'ambiance du jour : chaud et sec, du dénivelé positif, un tracé incertain dans un maquis épineux et dense sans point d'eau...J'achète sept litres d'eau et embraye à pied la route secondaire, avant la piste qui conduira au chemin qui précèdera le sentier des crêtes...

Un erreur d'aiguillage me conduit au fond d'un oued à sec à l'aplomb d'un paroi bien trop verticale pour envisager la franchir. J'y fait ma pause méridienne, contraint et forcé, mais toujours dans le plaisir. Puis c'est le demi-tour, à la recherche d'un accès possible. Les crottes de chèvre et la physionomie du terrain finiront par me guider. L'ascension est difficile, le soleil brûle, la surchauffe jamais très loin. En prévention, je bois tous les 100m de dénivelé, ce qui assure une suffisante hydratation. Néanmoins avec raison, car je ne sais rien quant à la situation du prochain point d'eau.

Le relief s'adoucit au fur et à mesure que le plateau approche. Et ce sera finalement une charmante étendue herbeuse qui m'accueillera pour la nuit. Du vert, du bois pour faire un feu, un soleil couchant digne de ceux de Venice Beach et même un filet d'eau qui coule. A l'abri de la pénurie, je siffle un litre à la tombée du sac. Je monte le camp, rassemble du bois pour mon couscous/fromage/cacahuètes. S'en suit la visite des bergers du coin, aussi souriants qu'édentés. Peu importe le berger, peu importe la montagne, les questions sont immanquablement les mêmes : d'où viens tu? Où vas tu? Tu es seul? Tu n'as pas peur des cochons? Je me soumet docilement à cet interrogatoire bienveillant, passe le test avec succès. Chacun retourne ensuite à ses activités. La quiétude pour moi d'être en paix avec mes voisins du jour. La fierté pour lui qu'un touriste choisisse sa pâture comme lieu de villégiature éphémère.

2018-04-18-1.jpeg

2018-04-18-1.jpeg

2018-04-18-1.jpeg

2018-04-18-1.jpeg

2018-04-18-1.jpeg

2018-04-18-1.jpeg

17avr. 2018

Bissara

J'avais sous-estimé mes activités nocturnes pour cette cuvée " Atlas Maroc 2018 ". Déjà une bonne nuit fièvreuse avant même le premier pas il y quatre jours. Cette nuit aura été intestinale. La Bissara, soupe de fêves avalée la veille, m'a tout simplement terrassé. Au matin, je connais chaque imperfection des carreaux des toilettes, je suis incollable sur la durée de remplissage de la chasse d'eau. Contrecoup de cet apprentissage accéléré, me voilà hors service. Pas simplement fatigué. Cloué à une chaise de jardin par des douleurs vives, le bide en vrac, le souffle court voire coupé.

Abdelwahed prends pitié, m'invite pour le petit déj, dans sa famille, dans le village en face. Alors que la chaise d'en face me paraît inaccessible... Il passe à une proposition plus médicale dont seule la lecture de la recette pourrait avoir l'effet dépuratif voulu : cocktail moitié lait, moitié Coca, vidange garantie. Je décline l'offre, ma tuyauterie déjà purgée de part et d'autre. Je ne peux que profiter du moment présent, de ce dialogue avec ces piquées assassines. Mais le temps fait son travail et le mal se dissout en fin de matinée.

Je fais connaissance avec Abdou, un chic type. L'entendre parler de bouffe m'ouvre étrangement l'appétit, moi qui vomissais de la bile il y a quelques heures. Quand je songeais à l'auto-rapatriement sanitaire sur Marrakech. Il n'en est plus question, ça va mieux. Mais pas au point de reprendre le chemin, affamé et déshydraté. Je fais part à Abdelwahed de ma décision de rester une nuit de plus et de mon invitation à la fête de la viande que j'ai auto-proclamée ouverte en cette belle journée.

Direction Taddert 2, à deux kilomètres, et le resto où il a longtemps travaillé. et visiblement bien travaillé, il nous faut vingt minutes de salamaleks pour atteindre le jardin, plus paisible à cette heure de pointe. Côtelettes d'agneau (kotlett) et boulettes de viande hâchée (kefta) à satiété. Pain maison, salades marocaines et olives. Bonne compagnie. Nous passons au deuxième stade de la complicité et les plaisanteries vont bon train. Nous luttons comme des frères contre la sieste et choisissons d'un commun accord le terrain de son oncle et l'ombre des fruitiers comme chill out post-keftamine. Et la journée se passe avec douceur.

Rekefta le soir. Veillée match de foot avec Abdou. Bavarder toujours. Disséquer les petites arnaques du tourisme, assez universelles même si les méthodes changent d'un pays à l'autre. Le plus bel exemple local est la coopérative d'huile d'argan des femmes du village. Car ici, pas d'arganier, l‘illustre arbre à noix endémique du Maroc. Et les coopératives féminines de la région ne sont que des points de vente puisqu' appartenant à une seule personne, cerise sur le pompon, un homme...

2018-04-17-1.jpeg

2018-04-17-1.jpeg

2018-04-17-1.jpeg

2018-04-17-1.jpeg

16avr. 2018

Azib N Ikkis

Sortie matinale à la recherche de gravures rupestres, la spécialité du Yagour. Je laisse mon sac et malheureusement l'appareil photo qui y est fourré. Des animaux, des bovidés. Je ne prends pas le temps d'osculter le site. L'objet d'un prochain séjour. Car, entre les détours et les pauses, je ne suis pas en avance.

L'étape du jour s'annonce moins excitante que celle d'hier. Des portions de route. Peu de dénivelé positif. Raisons de plus pour avaler des kilomètres.

Je quitte l'Azib N Ikkis paquerette au bec, j'ai regagné des points de vie. J'atteins rapidement Warzazt, dernier village au Nord-Est du plateau. La fin du Jardin d'Eden. La montagne retrouve son aridité, la végétation ses piquants, le piéton une piste caillouteuse. En bas, le fleuve Zat, bien joufflu après les dernières pluies. Un schéma bien connu : rejoindre l'oued, traverser, remonter puis redescendre jusqu'à la prochaine rivière. Je quitte la route et traverse au niveau d'Ait Slimane.

Remontée d'une petite vallée confidentielle. Vraiment chouette. C'est l'heure chaude et je multiplie les pauses. Mes bouteilles plastique seront bientôt vides. Le col à 1650m d'altitude paraît insignifiant, écrasé par les sommets qui l'encerclent. La soif m'interdit d'aller plus loin, et je dois demander le précieux liquide aux femmes qui s'affairent devant la ferme. Leur émissaire est une jeune fille au teint pâle, au sourire franc et massif. Elle me salue en trois langues, j'essaie d'être à la hauteur. Trois litres à mettre dans mon sac pour ma veillée, une tasse pleine à consommer sur place. Quelqu'un qui tue votre soif ne quitte jamais plus votre mémoire.

Ensuite, un gros morceau de bitume, je passe en pilote automatique. En marchant, je peux consulter cartes et gps. Le paysage ne me promet pas un bivouac de rêve. Probablement pas d'autre possibilité que celle de dormir dans un village en bord de route. Perspective peu réjouissante... J'étudie alors la cartographie de plus près. La célèbre route qui relie Marrakech à Ouarzazate passe 100m plus bas. 20km plus haut, Taddert et le gîte du village. A l'unanimité puisque seul, je vote pour ce projet, et même s'il est un peu tard. 30km de marche, une 1/2 heure de taxi, la journée se finit au "Temps de vivre" , le gîte associatif du douar de Taddert.

Juste le temps d'avaler une soupe de fèves dans une gargote avant que tout ferme.

Et les endorphines qui font leur travail.

Tôt.

2018-04-16-1.jpeg

2018-04-16-1.jpeg

2018-04-16-1.jpeg

2018-04-16-1.jpeg

2018-04-16-1.jpeg

2018-04-16-1.jpeg

2018-04-16-1.jpeg

15avr. 2018

Yagour

Pas de gel nocturne, pas un nuage côté ouest. C'est un bon jour pour partir. A l'étage supérieur, le Yagour, un plateau verdoyant. Une ressource estivale pour les bergers quand le feu du soleil a condamné tout espoir de paître dans la vallée. Pas une bête avant le 15 juillet, c'est la règle stricte de l'Agdal. Les azibs, bergeries de montagne, sont donc vides de leurs propriétaires. Je m'offre un pique nique auto-bronzant au milieu d'un lotissement, soleil de plomb et neige de la veille. La digestion m'emmène dans une puissante rêverie entre préhistoire et pastoralité. En reprenant la ballade, je ne quitte pas la transe. Le revêtement est idéal. La spongiosité du sol apporte à l'herbe rase son moelleux, chaque pas est un délice. Un régal pour l'oeil également qui peut se libérer de la surveillance des appuis.

Deux silhouettes au loin. Je plisse les yeux comme pour vérifier une information que le cerveau aurait du mal à décoder. Deux cyclistes. Deux allumés au vu du choix de leur terrain de jeu. Nous nous rejoignons. Présentations d'usage. Ils sont Suisses. Presque les 3 Suisses, c'est passé fin. Ils prendront pour descendre mon chemin de ce matin. Ce qui leur garantit une descente des gorges avec un vélo sur le dos et c'est ce que je leur annonce pour la suite. Ils ne comptent pas faire demi-tour et c'est avec une grande sagesse qu'ils abordent ce moment qui sera long et fastidieux.

Pas de programme aussi sportif pour ma pomme. Aucune envie de redescendre dans la vallée par cette belle fin d'après-midi. Marcher encore un peu avant le bivouac. Jusqu'au dernier groupe d'azibs. Je me garde les gravures rupestres pour demain matin. L'ouverture de la tente face au soleil couchant, je profiterai des lieux jusqu'au dernier rayon. Après la dernière caresse, la première morsure, celle du froid. La cloche a sonné, ça signifie d'aller dans son duvet. Depuis deux jours en compagnie nocturne d'une angine. Le silence requiert la paix intérieure. De l'autre côté du ruisseau qui me sépare des bergeries, un chat miaule, je ne suis pas seul. Le temps pour lui de traverser, pour moi de m'assoupir et voilà que je l'entends laper un fond d'eau fraîchement filtrée. Un dans la gorge, un devant la tente. Nuit féline.

2018-04-15-1.jpeg

2018-04-15-1.jpeg

2018-04-15-1.jpeg

2018-04-15-1.jpeg

2018-04-15-1.jpeg

2018-04-15-1.jpeg

2018-04-15-1.jpeg

14avr. 2018

Standby

Le feu de cheminée n'est pas venu à bout de l'humidité de mon équipement. La fièvre de l'avant veille s'est transformée en ce qui ressemble à un début d'angine. Au lever du jour, les températures sont négatives, il a encore neigé une bonne partie de la nuit. Sagement, je vote pour le jour off. Faire sécher ses vêtements, attendre que la neige fonde sur le plateau du Yagour, mon prochain objectif.

Le tableau qui m'apparaît avec les premiers rayons du soleil est féérique : sommets enneigés, village rouge adossé à la montagne, des champs cultivés aux cinquante nuances de vert, le cloaque de la veille a muté en Jardin d' Eden. Et j'accepte et embrasse avec délectation ma condition de farnientiste du jour.

J'en apprends un peu plus sur le village, sur l'engagement sans limite de Rachid pour son développement. Son gîte a été une passerelle, sa curiosité un moteur. Echanges et projets en ont découlé. Electricité, assainissement, compteurs d'eau. Tout a fini par arriver... Anecdote croustillante, le manager de Maître Gims est originaire du village. Ce qui explique pourquoi la star a financé une partie du terrain de foot. Pour lui, l'équivalent d'une tournée générale dans un bar vide.

Le fait est, il fait bon vivre à Tizi Noucheg. Et je remettrai sans doute les pieds ici.

2018-04-14-1.jpeg

2018-04-14-1.jpeg

2018-04-14-1.jpeg

2018-04-14-1.jpeg

13avr. 2018

Telj

J'ouvre l'oeil à l'aube, 3cm de neige fraîche, la journée sera difficile. A l'heure du petit déj, encore des flocons. Nous ne tardons à prendre le chemin. Nous puisqu'en compagnie de Tim et Marion, deux Allemands d'Aix la Chapelle venus pour quelques jours de randonnée. La neige se fait pluie au fur et à mesure que nous perdons de l'altitude. Les cactus ont la tête blanche. Mon kit imperméable fait le job, mais pour les pieds, c'est foutu. Nous atteignons le goudron, puis Setti Fatma en fin matinée. C'est Las Vegas malgré l'ambiance FPB (Froid/Pluie/Boue) C'est les vacances et l'heure du brunch. Je ne résiste pas à une paire de crêpes et un thé chaud. Mes camarades du jour rentrent à Marrakech. Je continue en direction du plateau du Yagour via Tizi N Oucheg, où j'ai réservé un gîte vue l'hécatombe météo. Je m'économise 4km de route jusqu'au pont de Tazitounte qui traverse l'Oued Ourika. Puis comme à chaque fois qu'on passe un pont, le dénivelé s'inverse et la montée commence... Les fortes pluies ont défoncé la piste. La terre ocre s'est transformée en une pâte argileuse. Un Roland Garros post-tsunami. Et marcher dans du Nutella avec 15kg sur le dos n'est pas chose facile. Pour chaque pas de 40cm, un recul de 20cm, sans parler du déséquilibre... Un chemin de croix donc, 5km en près de 2h30. Mais heureusement, une cheminée comme récompense à l'arrivée. Mon hôte m'apprend que le nom du village signifie "col glissant". En remplissant le registre, je remarque que nous sommes vendredi 13. Je comprends mieux en cédant à la superstition...

2018-04-13-1.jpeg

2018-04-13-1.jpeg

2018-04-13-1.jpeg

2018-04-13-1.jpeg

2018-04-13-1.jpeg

12avr. 2018

Club 3000

La nuit me porta plus un coup de froid que conseil. Il me faudra faire la promenade du jour en compagnie d'une petite fièvre. Ma luette ( petite excroissance de chair au fond de la gorge qui, dans les cartoons, s'agite en cas de trouille) a triplé de volume pendant la nuit. Ma pharmacie ne se compose que de 10 Nurofens. Jean Gobain. Pour le reste du traitement, ce sera donc à l'ancienne, sueur et urine pour évacuer le démon. Donc marcher et boire. Marcher jusqu'au col à 3060m puis choisir entre les crêtes ou la vallée. Suivre la piste. Qui n'en est pas encore une. Les congères jouent les prolongations. J'identifie même des traces de ski de rando. Séance d'UV pour la face, vent glacial dans le dos Je vois maintenant l'itinéraire qui passe par les crêtes. J'attends le col et la vue à 360° pour faire ma pause méridienne. Le temps d'un pique nique pour décider entre le plan A et le plan B, entre un chemin de chèvre panoramique à plus de 3000m d'altitude et la douceur de la vallée, un kilomètre plus bas à la verticale. La météo du lendemain est annoncée comme exécrable. Nul doute quant à la destination des nuages qui arrivent derrière : les sommets. Et ce sera probablement de la neige. La fin de mon repas est déjà un peu voilée. A mi-orange, la décision est prise de redescendre. 10km de détour. A Timichi, je trouverai le confort d'un gite, un repas chaud. Sécurité et gain de temps. 22h, premiers flocons. La bonne décision.

2018-04-12-1.jpeg

2018-04-12-1.jpeg

2018-04-12-1.jpeg

2018-04-12-1.jpeg

2018-04-12-1.jpeg

2018-04-12-1.jpeg

2018-04-12-1.jpeg

2018-04-12-1.jpeg

11avr. 2018

Wet

Les pêcheurs d'Ouessant ne seraient pas dépaysés en voyant le ciel de ce matin. La bruine est fine mais dense. Intensément pénétrante. La fête à la grenouille, ce qui n'est pas vraiment fait pour m'arranger. Un peu meilleur au fil des kilomètres qu'avale la Fiat Panda. Nous atteignons la station de ski la plus haute d'Afrique peu avant l'heure du déjeuner. Ambiance Bretagne toujours, pluie, éclaircies, vent frais. Non pas que je sois célèbre mais je suis très vite reconnu. Le vendeur de fossiles, le vendeur de morilles etc... A cette saison, beaucoup moins de touristes et il y a environ dix prédateurs pour une seule proie, ce qui nous vaut une quasi exclusivité auprès des commerçants en tous genres. Comme à chaque fois qu'on est très sollicité, un bon profiling s'impose,un tri doit se faire entre les reptiles sans scrupules et les honnêtes gens. Le serpent présente quelques signes distinctifs : il se dirige rapidement sur sa proie, ne sourit pas, crie voire braille, montre clairement son dédain en cas de refus... Les gens normaux, honnêtes, sont plus relax et philosophes. Ils vous proposent, vous disposez. Et c'est chez un ancien que nous élisons domicile pour le repas de midi. Sourire authentique bien qu'édenté. Quelques locaux attablés, toujours bon signe. quelques tajines seulement, encore un bon présage. vérification de la cuisson en soulevant les couvercles, on devrait se régaler. Mathilde m'abandonnera après le repas. Au refuge du Club Alpin Français, rien n'a changé, l'équipe est la même. Encore une fois, tout le monde me reconnait, une vraie pommade pour l'égo. D'autres réfugiés viendront passer la nuit, évitant le syndrôme du Shining, homme seul dans grand lieu vide. Des polonais venus pour l'escalade. une classe de Schtroumpfs également pour la grimpette. Leur moniteur me rassure quant à mon itinéraire. Par les crêtes, c'est possible mais gare à la météo, comme toujours quand veut suivre les sommets, d'autant plus s'ils atteignent 3200m d'altitude

2018-04-11.jpeg

10avr. 2018

Haut Atlas, 3ème épisode

Comme un accro aux séries TV, j'attends toujours avec impatience la nouvelle saison, qui doit m'approvisionner en nouveaux épisodes. Je repartirai, comme il se doit, de mon point final de l'année précédente. Puis cap au Nord Est jusqu'à Demnate, à 160km d'Oukaimden. L'hiver marocain fut exceptionnellement pluvieux, neigeux en montagne. La météo est encore incertaine pour cette semaine, je repousse le départ du pélerinage au jeudi, annoncé comme plus clément. Donc aujourd'hui repos. Vers Asni, au pied des montagnes. Confort douillet d'une charmante maison d'hôtes, thé au bord de la piscine, cuisine soignée, profitons-en... Mouassine, le gérant, me renseigne sur les possibilités de transports vers Oukaimden. Mathilde, nous interrrompt gentiment pour me proposer de m'emmener là-bas, n'ayant pas de programme préétabli. Sans sourciller, j'accepte volontiers l'invitation. La chance semble déjà sourire au pèlerin...

2018-04-10-1.jpeg

2018-04-10-2.jpeg

2018-04-10-3.jpeg

13juin 2017

Dénouement

J'ai rêvé de la mer. De la mer de nuages. Je ne crois pas à cette prémonition mais, dès le nez hors de la tente, je constate que la vallée est sous une bâche et que nous flottons au dessus. Je pisse comme un bienheureux en contemplant ce qui m'est offert. Le soleil perce, Bertrand ne sait encore pas qu' aujourd' hui ne sera pas comme hier. Notre honorable travail de scout de la veille se voit maintenant récompensé, une belle journée commence.

Reste l'effort de rejoindre le chemin sommital. Le vent a tourné au sud, nos pieds finissent de sécher. Grand bien nous fasse car nous ne sommes pas des batraciens. Sur ce bout de montagne, c'est l'arche de Noé : des moutons et des vaches au premier palier, des chevaux et des chèvres à peine plus haut. Les vautours naviguent entre les étages espérant quelques problèmes de santé dans ce monde d'herbivores.

Nous naviguons à vue, l'orientation est une formalité, un plaisir. On se remplit les yeux, c'est le début des Pyrénées. Les sommets ne sont pas hauts mais les vallées déjà bien encaissées. La descente sur St Etienne de Baïgorry, un kilomètre à la verticale en dessous de nous, promet des jambes en bois à l'arrivée et je nous vois mal enchaîner sur la prochaine montée en direction de Bidarray. Encore quelques sept kilomètres du célèbre GR10 pour retrouver la civilisation et cet épisode se refermera. La compagnie d'un ami m'aura soulagé de tout effort. Cinq ans après notre dernière promenade, rien n'a changé, nous avons retrouvé nos marques. Pas besoin de grandes discussions pour atteindre la complicité. Les choses sont simples quand elles sont vraies et inversement. Marcher nourrit et purge, abime et soigne, questionne et répond, rassure et déstabilise, élève et enfonce. Une thérapie préventive, qu'elle soit individuelle ou, comme cette semaine, collective

2017-06-13__1_.jpeg

2017-06-13__2_.jpeg

2017-06-13__3_.jpeg

- page 1 de 13