Une allure fondamentale

Entre 2 et 6 km/h, c'est là que se situe l'allure fondamentale. Ce blog en fait l'éloge...

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20avr. 2018

Rentrer

L'envie de pisser me sort de la tente à la première lueur du jour. Il fait chaud et sec. Je me recouche.

Le choix est fait, celui de la tranquillité. Aujourd'hui, je prends le chemin du retour, je n'aime pas les courses contre la montre. Et, malheureusement, le temps m'est compté.

Quand je remet le nez dehors pour de bon, l'atmosphère change radicalement. Frais et humide. un épais brouillard s'engouffre dans la vallée depuis le Nord. Promenade matinale dans la brume. Une petite dizaine de kilomètres avant de rejoindre un village pourvu de transports. Route secondaire descendante, il fait froid, c'est la fin du voyage, je trace... Un verre de thé chaud et bien serré en attendant le taxi pour Sidi Rahal. Une cigarette en attendant le bus pour Marrakech. Tout s'enchaîne avec une fluidité inhabituelle. Un peu sonné, fraîchement douché, je me retrouve attablé chez ma famille d'accueil pour le couscous du vendredi. Et tourne la page "Atlas 2018" de mon cahier "Allure Fondamentale". La suite plus tard et ailleurs. Très bientôt si possible...

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19avr. 2018

Homonymie

Je quitte ma plaque de verdure peu après les premiers rayons du soleil. Et retrouve cailloux et chardons. Au niveau de la crête, le sentier n'est plus visible, les chèvres peuvent se disperser. Mais je ne suis pas une chèvre et chaque appui demande concentration, l'entorse à la cheville serait mal venue dans ce genre de décor. Personne, pas un bruit. 2000m d'altitude. Pas d'eau. Pour une montagne marocaine, l'anonymat absolu, la sécheresse garantissant une tranquillité totale. J'improvise mon chemin, la visibilité me facilite la tâche. La crapahute caprine prend fin en milieu d'après midi.

Pour l'heure suivante, ce sera canyoning, il s'agit maintenant de descendre la rivière. Parfois, un petit filet. Parfois, beaucoup d'eau. Abrupt. Glissant. Un kilomètre, une heure. Et je n'éviterai pas la chute, dans l'eau. Heureusement plus ridicule que lourde de conséquence. Une teinture ocre, un look d'enfer. Un Peau Rouge au fond d'un canyon. Le western se termine à la vue de la route. Je m'organise un goûter/réunion pour faire un point kilométrique de ce périple.

Il sera bien difficile de rallier Demnate et les 60km qui m'en séparent encore. C'est ce qui apparaît. Je calcule à la louche une grosse vingtaine d'heures de marche en tenant compte du dénivelé. Trois jours. Un de trop pour le créneau de cette année. Agacé, je me replonge dans l'analyse du tracé. Le trajet prévu ne présente pas d'échappatoire, donc un risque de ne pas trouver de transport. Et de rater l'avion du retour. Les quêtes du pélerin se limitent à l'essentiel, eau, nourriture, abri, des besoins vitaux. L'homme moderne a su se prémunir de la soif, de la faim et du froid. Mais non sans se soumettre au temps qui lui impose sa dictature. Et me voilà au garde à vous. Sous le joug d'un tyran invisible et sans pitié. Acceptation ou Opposition. Je choisis la première des deux mauvaises solutions. Un nouveau Plan B... J'opte pour la version luxe. Je me souviens qu'il y a une Kasbah à Ait Oumghar, pas si loin d'ici. je récupère par texto le numéro, réserve et me félicite d'avoir débusqué cette chic alternative. Quelques kilomètres de route, puis de piste.

J'avale la route. A l'intersection, j'aperçois la Terre Promise, Ait Oumghar, un tout petit village.

J'avale la piste. A la tête des premiers habitants que je croise, je comprends que je fais fausse route. Les sourires répondent à mes questions. j'ose finalement l'usage de la parole pour me renseigner, prêt à la déception. J'avais mal jaugé de la puissance homonymique du nom du patelain. Ailleurs, et sûrement pas bien loin, se cache un autre Ait Oumghar qui m'attendra en vain. Pas de lit, pas de douche, pas de tajine, pas d'eau minérale. Une tente, un bout de fromage et de l'eau de rivière. Je retourne ma casquette et redeviens un bédouin, je ne suis déjà plus déçu.

Le temps de trouver un spot au relief intime, de planter quelques sardines en titane et tout le monde se fait la malle.

Le soleil derrière l'horizon.

Le bédouin dans son duvet.

Sans chemise, sans pantalon.

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18avr. 2018

Maquis

A peu près rétabli, je poursuis la mission en direction de Demnate. D'abord en voiture jusqu'à Zerkten pour retrouver mon itinéraire pédestre. J'ai le grand honneur de faire le trajet dans la voiture du Grand Patron du grand resto d'hier. Un ancien. Droit. en habit traditionnel. Kangoo pour la voiture. Pas un mot ne sortira de sa bouche. Mais son sourire n'en démordra pas. Un mode de communication rétinien finalement assez précis. De la télépathie en triphasé. Toujours plus précis que sa conduite qui aurait pu nous faire partager un triste destin commun. Je le quitte sans lui faire un hug mais le coeur y est. L'ambiance du jour : chaud et sec, du dénivelé positif, un tracé incertain dans un maquis épineux et dense sans point d'eau...J'achète sept litres d'eau et embraye à pied la route secondaire, avant la piste qui conduira au chemin qui précèdera le sentier des crêtes...

Un erreur d'aiguillage me conduit au fond d'un oued à sec à l'aplomb d'un paroi bien trop verticale pour envisager la franchir. J'y fait ma pause méridienne, contraint et forcé, mais toujours dans le plaisir. Puis c'est le demi-tour, à la recherche d'un accès possible. Les crottes de chèvre et la physionomie du terrain finiront par me guider. L'ascension est difficile, le soleil brûle, la surchauffe jamais très loin. En prévention, je bois tous les 100m de dénivelé, ce qui assure une suffisante hydratation. Néanmoins avec raison, car je ne sais rien quant à la situation du prochain point d'eau.

Le relief s'adoucit au fur et à mesure que le plateau approche. Et ce sera finalement une charmante étendue herbeuse qui m'accueillera pour la nuit. Du vert, du bois pour faire un feu, un soleil couchant digne de ceux de Venice Beach et même un filet d'eau qui coule. A l'abri de la pénurie, je siffle un litre à la tombée du sac. Je monte le camp, rassemble du bois pour mon couscous/fromage/cacahuètes. S'en suit la visite des bergers du coin, aussi souriants qu'édentés. Peu importe le berger, peu importe la montagne, les questions sont immanquablement les mêmes : d'où viens tu? Où vas tu? Tu es seul? Tu n'as pas peur des cochons? Je me soumet docilement à cet interrogatoire bienveillant, passe le test avec succès. Chacun retourne ensuite à ses activités. La quiétude pour moi d'être en paix avec mes voisins du jour. La fierté pour lui qu'un touriste choisisse sa pâture comme lieu de villégiature éphémère.

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17avr. 2018

Bissara

J'avais sous-estimé mes activités nocturnes pour cette cuvée " Atlas Maroc 2018 ". Déjà une bonne nuit fièvreuse avant même le premier pas il y quatre jours. Cette nuit aura été intestinale. La Bissara, soupe de fêves avalée la veille, m'a tout simplement terrassé. Au matin, je connais chaque imperfection des carreaux des toilettes, je suis incollable sur la durée de remplissage de la chasse d'eau. Contrecoup de cet apprentissage accéléré, me voilà hors service. Pas simplement fatigué. Cloué à une chaise de jardin par des douleurs vives, le bide en vrac, le souffle court voire coupé.

Abdelwahed prends pitié, m'invite pour le petit déj, dans sa famille, dans le village en face. Alors que la chaise d'en face me paraît inaccessible... Il passe à une proposition plus médicale dont seule la lecture de la recette pourrait avoir l'effet dépuratif voulu : cocktail moitié lait, moitié Coca, vidange garantie. Je décline l'offre, ma tuyauterie déjà purgée de part et d'autre. Je ne peux que profiter du moment présent, de ce dialogue avec ces piquées assassines. Mais le temps fait son travail et le mal se dissout en fin de matinée.

Je fais connaissance avec Abdou, un chic type. L'entendre parler de bouffe m'ouvre étrangement l'appétit, moi qui vomissais de la bile il y a quelques heures. Quand je songeais à l'auto-rapatriement sanitaire sur Marrakech. Il n'en est plus question, ça va mieux. Mais pas au point de reprendre le chemin, affamé et déshydraté. Je fais part à Abdelwahed de ma décision de rester une nuit de plus et de mon invitation à la fête de la viande que j'ai auto-proclamée ouverte en cette belle journée.

Direction Taddert 2, à deux kilomètres, et le resto où il a longtemps travaillé. et visiblement bien travaillé, il nous faut vingt minutes de salamaleks pour atteindre le jardin, plus paisible à cette heure de pointe. Côtelettes d'agneau (kotlett) et boulettes de viande hâchée (kefta) à satiété. Pain maison, salades marocaines et olives. Bonne compagnie. Nous passons au deuxième stade de la complicité et les plaisanteries vont bon train. Nous luttons comme des frères contre la sieste et choisissons d'un commun accord le terrain de son oncle et l'ombre des fruitiers comme chill out post-keftamine. Et la journée se passe avec douceur.

Rekefta le soir. Veillée match de foot avec Abdou. Bavarder toujours. Disséquer les petites arnaques du tourisme, assez universelles même si les méthodes changent d'un pays à l'autre. Le plus bel exemple local est la coopérative d'huile d'argan des femmes du village. Car ici, pas d'arganier, l‘illustre arbre à noix endémique du Maroc. Et les coopératives féminines de la région ne sont que des points de vente puisqu' appartenant à une seule personne, cerise sur le pompon, un homme...

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16avr. 2018

Azib N Ikkis

Sortie matinale à la recherche de gravures rupestres, la spécialité du Yagour. Je laisse mon sac et malheureusement l'appareil photo qui y est fourré. Des animaux, des bovidés. Je ne prends pas le temps d'osculter le site. L'objet d'un prochain séjour. Car, entre les détours et les pauses, je ne suis pas en avance.

L'étape du jour s'annonce moins excitante que celle d'hier. Des portions de route. Peu de dénivelé positif. Raisons de plus pour avaler des kilomètres.

Je quitte l'Azib N Ikkis paquerette au bec, j'ai regagné des points de vie. J'atteins rapidement Warzazt, dernier village au Nord-Est du plateau. La fin du Jardin d'Eden. La montagne retrouve son aridité, la végétation ses piquants, le piéton une piste caillouteuse. En bas, le fleuve Zat, bien joufflu après les dernières pluies. Un schéma bien connu : rejoindre l'oued, traverser, remonter puis redescendre jusqu'à la prochaine rivière. Je quitte la route et traverse au niveau d'Ait Slimane.

Remontée d'une petite vallée confidentielle. Vraiment chouette. C'est l'heure chaude et je multiplie les pauses. Mes bouteilles plastique seront bientôt vides. Le col à 1650m d'altitude paraît insignifiant, écrasé par les sommets qui l'encerclent. La soif m'interdit d'aller plus loin, et je dois demander le précieux liquide aux femmes qui s'affairent devant la ferme. Leur émissaire est une jeune fille au teint pâle, au sourire franc et massif. Elle me salue en trois langues, j'essaie d'être à la hauteur. Trois litres à mettre dans mon sac pour ma veillée, une tasse pleine à consommer sur place. Quelqu'un qui tue votre soif ne quitte jamais plus votre mémoire.

Ensuite, un gros morceau de bitume, je passe en pilote automatique. En marchant, je peux consulter cartes et gps. Le paysage ne me promet pas un bivouac de rêve. Probablement pas d'autre possibilité que celle de dormir dans un village en bord de route. Perspective peu réjouissante... J'étudie alors la cartographie de plus près. La célèbre route qui relie Marrakech à Ouarzazate passe 100m plus bas. 20km plus haut, Taddert et le gîte du village. A l'unanimité puisque seul, je vote pour ce projet, et même s'il est un peu tard. 30km de marche, une 1/2 heure de taxi, la journée se finit au "Temps de vivre" , le gîte associatif du douar de Taddert.

Juste le temps d'avaler une soupe de fèves dans une gargote avant que tout ferme.

Et les endorphines qui font leur travail.

Tôt.

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15avr. 2018

Yagour

Pas de gel nocturne, pas un nuage côté ouest. C'est un bon jour pour partir. A l'étage supérieur, le Yagour, un plateau verdoyant. Une ressource estivale pour les bergers quand le feu du soleil a condamné tout espoir de paître dans la vallée. Pas une bête avant le 15 juillet, c'est la règle stricte de l'Agdal. Les azibs, bergeries de montagne, sont donc vides de leurs propriétaires. Je m'offre un pique nique auto-bronzant au milieu d'un lotissement, soleil de plomb et neige de la veille. La digestion m'emmène dans une puissante rêverie entre préhistoire et pastoralité. En reprenant la ballade, je ne quitte pas la transe. Le revêtement est idéal. La spongiosité du sol apporte à l'herbe rase son moelleux, chaque pas est un délice. Un régal pour l'oeil également qui peut se libérer de la surveillance des appuis.

Deux silhouettes au loin. Je plisse les yeux comme pour vérifier une information que le cerveau aurait du mal à décoder. Deux cyclistes. Deux allumés au vu du choix de leur terrain de jeu. Nous nous rejoignons. Présentations d'usage. Ils sont Suisses. Presque les 3 Suisses, c'est passé fin. Ils prendront pour descendre mon chemin de ce matin. Ce qui leur garantit une descente des gorges avec un vélo sur le dos et c'est ce que je leur annonce pour la suite. Ils ne comptent pas faire demi-tour et c'est avec une grande sagesse qu'ils abordent ce moment qui sera long et fastidieux.

Pas de programme aussi sportif pour ma pomme. Aucune envie de redescendre dans la vallée par cette belle fin d'après-midi. Marcher encore un peu avant le bivouac. Jusqu'au dernier groupe d'azibs. Je me garde les gravures rupestres pour demain matin. L'ouverture de la tente face au soleil couchant, je profiterai des lieux jusqu'au dernier rayon. Après la dernière caresse, la première morsure, celle du froid. La cloche a sonné, ça signifie d'aller dans son duvet. Depuis deux jours en compagnie nocturne d'une angine. Le silence requiert la paix intérieure. De l'autre côté du ruisseau qui me sépare des bergeries, un chat miaule, je ne suis pas seul. Le temps pour lui de traverser, pour moi de m'assoupir et voilà que je l'entends laper un fond d'eau fraîchement filtrée. Un dans la gorge, un devant la tente. Nuit féline.

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14avr. 2018

Standby

Le feu de cheminée n'est pas venu à bout de l'humidité de mon équipement. La fièvre de l'avant veille s'est transformée en ce qui ressemble à un début d'angine. Au lever du jour, les températures sont négatives, il a encore neigé une bonne partie de la nuit. Sagement, je vote pour le jour off. Faire sécher ses vêtements, attendre que la neige fonde sur le plateau du Yagour, mon prochain objectif.

Le tableau qui m'apparaît avec les premiers rayons du soleil est féérique : sommets enneigés, village rouge adossé à la montagne, des champs cultivés aux cinquante nuances de vert, le cloaque de la veille a muté en Jardin d' Eden. Et j'accepte et embrasse avec délectation ma condition de farnientiste du jour.

J'en apprends un peu plus sur le village, sur l'engagement sans limite de Rachid pour son développement. Son gîte a été une passerelle, sa curiosité un moteur. Echanges et projets en ont découlé. Electricité, assainissement, compteurs d'eau. Tout a fini par arriver... Anecdote croustillante, le manager de Maître Gims est originaire du village. Ce qui explique pourquoi la star a financé une partie du terrain de foot. Pour lui, l'équivalent d'une tournée générale dans un bar vide.

Le fait est, il fait bon vivre à Tizi Noucheg. Et je remettrai sans doute les pieds ici.

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13avr. 2018

Telj

J'ouvre l'oeil à l'aube, 3cm de neige fraîche, la journée sera difficile. A l'heure du petit déj, encore des flocons. Nous ne tardons à prendre le chemin. Nous puisqu'en compagnie de Tim et Marion, deux Allemands d'Aix la Chapelle venus pour quelques jours de randonnée. La neige se fait pluie au fur et à mesure que nous perdons de l'altitude. Les cactus ont la tête blanche. Mon kit imperméable fait le job, mais pour les pieds, c'est foutu. Nous atteignons le goudron, puis Setti Fatma en fin matinée. C'est Las Vegas malgré l'ambiance FPB (Froid/Pluie/Boue) C'est les vacances et l'heure du brunch. Je ne résiste pas à une paire de crêpes et un thé chaud. Mes camarades du jour rentrent à Marrakech. Je continue en direction du plateau du Yagour via Tizi N Oucheg, où j'ai réservé un gîte vue l'hécatombe météo. Je m'économise 4km de route jusqu'au pont de Tazitounte qui traverse l'Oued Ourika. Puis comme à chaque fois qu'on passe un pont, le dénivelé s'inverse et la montée commence... Les fortes pluies ont défoncé la piste. La terre ocre s'est transformée en une pâte argileuse. Un Roland Garros post-tsunami. Et marcher dans du Nutella avec 15kg sur le dos n'est pas chose facile. Pour chaque pas de 40cm, un recul de 20cm, sans parler du déséquilibre... Un chemin de croix donc, 5km en près de 2h30. Mais heureusement, une cheminée comme récompense à l'arrivée. Mon hôte m'apprend que le nom du village signifie "col glissant". En remplissant le registre, je remarque que nous sommes vendredi 13. Je comprends mieux en cédant à la superstition...

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12avr. 2018

Club 3000

La nuit me porta plus un coup de froid que conseil. Il me faudra faire la promenade du jour en compagnie d'une petite fièvre. Ma luette ( petite excroissance de chair au fond de la gorge qui, dans les cartoons, s'agite en cas de trouille) a triplé de volume pendant la nuit. Ma pharmacie ne se compose que de 10 Nurofens. Jean Gobain. Pour le reste du traitement, ce sera donc à l'ancienne, sueur et urine pour évacuer le démon. Donc marcher et boire. Marcher jusqu'au col à 3060m puis choisir entre les crêtes ou la vallée. Suivre la piste. Qui n'en est pas encore une. Les congères jouent les prolongations. J'identifie même des traces de ski de rando. Séance d'UV pour la face, vent glacial dans le dos Je vois maintenant l'itinéraire qui passe par les crêtes. J'attends le col et la vue à 360° pour faire ma pause méridienne. Le temps d'un pique nique pour décider entre le plan A et le plan B, entre un chemin de chèvre panoramique à plus de 3000m d'altitude et la douceur de la vallée, un kilomètre plus bas à la verticale. La météo du lendemain est annoncée comme exécrable. Nul doute quant à la destination des nuages qui arrivent derrière : les sommets. Et ce sera probablement de la neige. La fin de mon repas est déjà un peu voilée. A mi-orange, la décision est prise de redescendre. 10km de détour. A Timichi, je trouverai le confort d'un gite, un repas chaud. Sécurité et gain de temps. 22h, premiers flocons. La bonne décision.

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11avr. 2018

Wet

Les pêcheurs d'Ouessant ne seraient pas dépaysés en voyant le ciel de ce matin. La bruine est fine mais dense. Intensément pénétrante. La fête à la grenouille, ce qui n'est pas vraiment fait pour m'arranger. Un peu meilleur au fil des kilomètres qu'avale la Fiat Panda. Nous atteignons la station de ski la plus haute d'Afrique peu avant l'heure du déjeuner. Ambiance Bretagne toujours, pluie, éclaircies, vent frais. Non pas que je sois célèbre mais je suis très vite reconnu. Le vendeur de fossiles, le vendeur de morilles etc... A cette saison, beaucoup moins de touristes et il y a environ dix prédateurs pour une seule proie, ce qui nous vaut une quasi exclusivité auprès des commerçants en tous genres. Comme à chaque fois qu'on est très sollicité, un bon profiling s'impose,un tri doit se faire entre les reptiles sans scrupules et les honnêtes gens. Le serpent présente quelques signes distinctifs : il se dirige rapidement sur sa proie, ne sourit pas, crie voire braille, montre clairement son dédain en cas de refus... Les gens normaux, honnêtes, sont plus relax et philosophes. Ils vous proposent, vous disposez. Et c'est chez un ancien que nous élisons domicile pour le repas de midi. Sourire authentique bien qu'édenté. Quelques locaux attablés, toujours bon signe. quelques tajines seulement, encore un bon présage. vérification de la cuisson en soulevant les couvercles, on devrait se régaler. Mathilde m'abandonnera après le repas. Au refuge du Club Alpin Français, rien n'a changé, l'équipe est la même. Encore une fois, tout le monde me reconnait, une vraie pommade pour l'égo. D'autres réfugiés viendront passer la nuit, évitant le syndrôme du Shining, homme seul dans grand lieu vide. Des polonais venus pour l'escalade. une classe de Schtroumpfs également pour la grimpette. Leur moniteur me rassure quant à mon itinéraire. Par les crêtes, c'est possible mais gare à la météo, comme toujours quand veut suivre les sommets, d'autant plus s'ils atteignent 3200m d'altitude

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10avr. 2018

Haut Atlas, 3ème épisode

Comme un accro aux séries TV, j'attends toujours avec impatience la nouvelle saison, qui doit m'approvisionner en nouveaux épisodes. Je repartirai, comme il se doit, de mon point final de l'année précédente. Puis cap au Nord Est jusqu'à Demnate, à 160km d'Oukaimden. L'hiver marocain fut exceptionnellement pluvieux, neigeux en montagne. La météo est encore incertaine pour cette semaine, je repousse le départ du pélerinage au jeudi, annoncé comme plus clément. Donc aujourd'hui repos. Vers Asni, au pied des montagnes. Confort douillet d'une charmante maison d'hôtes, thé au bord de la piscine, cuisine soignée, profitons-en... Mouassine, le gérant, me renseigne sur les possibilités de transports vers Oukaimden. Mathilde, nous interrrompt gentiment pour me proposer de m'emmener là-bas, n'ayant pas de programme préétabli. Sans sourciller, j'accepte volontiers l'invitation. La chance semble déjà sourire au pèlerin...

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13juin 2017

Dénouement

J'ai rêvé de la mer. De la mer de nuages. Je ne crois pas à cette prémonition mais, dès le nez hors de la tente, je constate que la vallée est sous une bâche et que nous flottons au dessus. Je pisse comme un bienheureux en contemplant ce qui m'est offert. Le soleil perce, Bertrand ne sait encore pas qu' aujourd' hui ne sera pas comme hier. Notre honorable travail de scout de la veille se voit maintenant récompensé, une belle journée commence.

Reste l'effort de rejoindre le chemin sommital. Le vent a tourné au sud, nos pieds finissent de sécher. Grand bien nous fasse car nous ne sommes pas des batraciens. Sur ce bout de montagne, c'est l'arche de Noé : des moutons et des vaches au premier palier, des chevaux et des chèvres à peine plus haut. Les vautours naviguent entre les étages espérant quelques problèmes de santé dans ce monde d'herbivores.

Nous naviguons à vue, l'orientation est une formalité, un plaisir. On se remplit les yeux, c'est le début des Pyrénées. Les sommets ne sont pas hauts mais les vallées déjà bien encaissées. La descente sur St Etienne de Baïgorry, un kilomètre à la verticale en dessous de nous, promet des jambes en bois à l'arrivée et je nous vois mal enchaîner sur la prochaine montée en direction de Bidarray. Encore quelques sept kilomètres du célèbre GR10 pour retrouver la civilisation et cet épisode se refermera. La compagnie d'un ami m'aura soulagé de tout effort. Cinq ans après notre dernière promenade, rien n'a changé, nous avons retrouvé nos marques. Pas besoin de grandes discussions pour atteindre la complicité. Les choses sont simples quand elles sont vraies et inversement. Marcher nourrit et purge, abime et soigne, questionne et répond, rassure et déstabilise, élève et enfonce. Une thérapie préventive, qu'elle soit individuelle ou, comme cette semaine, collective

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12juin 2017

L'art du brouillard

La couverture nuageuse de la veille recouvre encore le ciel et c'est dans une brume humide que nous ficelons nos bagages. Nos premiers pas en terre basque nous mènent jusqu'à Roncesvalles (Roncevaux) entre France et Espagne. Le village est un carrefour à pélerins et il est de bon ton d'avoir une coquille accrochée à son sac. Adeptes du "fait maison", nous laissons à Jacques son chemin, préférant l'anonymat de notre parcours original. Nous faisons le plein de caféine, de protéines et d'eau. Le soleil fait quelques timides percées et nous nous demandons si ce brouillard finira par se dissiper. Quelques kilomètres de route avant de bifurquer à l'ouest en direction de la frontière, que nous longerons toute la journée par le sentier des contrebandiers. A l' heure de la pause méridienne, quelques rayons de soleil percent péniblement, fournissant encore l'espoir d'un ciel dégagé. La température élevée et l'hygrométrie automnale rendent l'air suffoquant. La faible visibilité ne décuple pas le plaisir non plus. Seul le GPS semble pouvoir jouir des plaisirs de la promenade, puisque nous nous trouvons sur le tracé prévu et que c'est la seule façon pour lui d'exprimer sa joie.

Des vestiges d'un autre temps trônent encore dans le paysage : des bornes frontières le long d'un barbelé, des abris militaires pour intercepter ceux qui pensaient trouver de l'autre côté un monde meilleur. Rétablir ce genre de frontières serait de la folie, et je pense à la connasse de St Cloud qui a réussi à faire croire à certains idiots que ce serait possible. Je lui pisse symboliquement à la figure, d'un jet d'urine européenne qui chevauche les deux frontières. La brume électrique est toujours aussi dense. Notre promenade ressemble à une interminable partie de Colin Maillard. Nous ne verrons pas la Vallée des Aldudes qui promettait pourtant de belles fractures des paupières. La clôture matérialisant la frontière est notre fil d'Ariane, le triangle du GPS pointant notre position l'ultime recours. Ce chemin de crêtes est un hammam, l'humidité picote les bras comme les fourmis après un engourdissement. Mais en fin d'après-midi, il n'y a plus de bois pour alimenter le four de notre bain maure et la sensation de froid accentuée par le vent qui maintenant se lève nous pénètre jusqu'à l'os. Deux chutes consécutives traduisent une certaine fatigue. Sensible chute également du baromètre du moral. Impossible de repérer un spot pour la nuit, il nous faut redescendre pour au moins s'abriter du vent glacial. Chose faite en choisissant l'option du léger détour. Un chemin serpente jusque dans la vallée, côté espagnol. Au deuxième lacet, on pose notre fardeau de contrebandier. Je n'ai qu'une idée en tête, faire du feu. Chaussures et chaussettes sont trempées. Ma bougie de secours permettra de faire prendre les premières brindilles. Un peu de chaleur, une présence rassurante.

Nous sommes les seuls animaux à pouvoir accomplir ce miracle et quand la flamme apparaît, la magie opère, invariablement.

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11juin 2017

Boire

L'exploitation de la forêt nécessite aux engins des chemins d'accès. Une fois les parcelles exploitées, la nature reprend ses droits, le temps de la repousse, le chemin n'existe plus. Et voilà que l'itinéraire prévu se révèle impraticable parce qu'introuvable...Assumant pleinement ma fonction de voyagiste, j'épargne à Bertrand mes hésitations et part en reconnaissance, le laissant en compagnie des fougères encore perlées de rosée. Le "vrai" chemin n'est pas loin mais l'épaisseur des buissons et la taille de leurs épines nous transforment pour un temps en légionnaires. Quelques impacts épidermiques plus tard, nous rejoignons le chemin tant désiré, puis le premier village de la vallée, Azparren.

Une journée de villages puisque nous suivrons la route sur plus de dix kilomètres. Impossible, durant la préparation de l'itinéraire, de trouver un tracé alternatif... Nous subirons la chaleur du bitume, l'inconfort de marcher sur un ruban destiné aux véhicules à moteurs. Nous profiterons par contre de la légèreté de notre sac, n'ayant pas à stocker l'eau. Prochain pueblo : Oroz Betelu. Sur le pont qui marque l'entrée du bled, un autochtone observe la danse des poissons dans la rivière en contrebas. Nous sortons ce pêcheur de sa rêverie fantasmatique. Le bar du village mérite une visite et c'est sans sourciller que nous suivons les conseils de notre précieux indic. Chez Louisa, nous trouvons le réconfort. Une salle carrelée pour se rafraîchir, quelques bières et les petits pinchos (tapas) du dimanche. A 13h30, nous sommes dans un état d'ivresse rendu soporifique par les gourmandises ayant voyagées du comptoir à notre estomac. La bar s'est rempli au fur et à mesure que nos bières se sont vidées et c'est devant un respectable public que nous nous transformons en explorateurs sahariens. Les tshirts mouillés s'intercalent sous les casquettes, nous venons de créer le burkini pour clochardes...

L'arrivée à Garralda en fin d'après-midi sonne la fin de notre excursion routière...nous pensions y trouver un hôtel mais non. Nous réfléchissons en buvant une bière pendant que Nadal s'envole facilement vers la victoire. Nous décidons d'aller manger dans l'autre bar du village pour ensuite aviser. Manger n'allant pas sans boire, nous ne nous priverons de rien. Nous repartons le coeur léger et la démarche titubante, peu soucieux de savoir où on finira par dormir...Le paysage change à mesure que nous dessaoulons, on passe du sec à l'humide, de la Navarre au Pays Basque. Le ciel se couvre. Un pré plat après un passage canadien. Une veillée ponctuée par quelques passages de tracteurs. Une infusion d'ombelles de sureau cueillies dans l'arbre. Bertrand ne tarde pas à se coucher. Au premier ronflement, j'éteins ma frontale.

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10juin 2017

Maquis

A deux, la randonnée est ponctuée de moments de convivialité qui donnent envie d'un confort relatif. Pour les matins, nous avons choisi le luxe d'une cafetière italienne, la garantie d'un bon début de journée. A 7h, la première tournée est prête. Nous plions le camp. Une deuxième tournée avant de plier le sac. A 8h30, nous sommes en marche mais notre combat du jour ne sera pas politique. Le soleil, déjà haut dans le ciel, ne nous fera pas de cadeau. A nous de devenir les rois de l'esquive d'un assaut lourd et constant. Nous traquons l'ombre des arbres qui s'amincira jusqu'à l'heure du zénith. Nous tentons de flairer la brise rafraîchissante. La végétation traduit une sécheresse chronique. Le thym serpolet est en fleurs mais n'exhale pas le parfum de son homologue des estives auvergnates. Je grignote en chemin quelques pétales d'églantier, lui aussi à point. De chaque côté de la route, du maquis dense et bien piquant, pas de place pour les raccourcis improvisés. Nous croisons trois randonneurs en pleine pause. Nous multiplions les arrêts également. Café, pâté, compotes, le garde-manger est encore bien garni, nous pouvons y plonger sans retenue. Nous progressons par sauts de puces tant la chaleur est accablante. Éviter la surchauffe devient la seule priorité. Nous nous soumettons humblement à la loi de l'Astre, en pensant à la relative fraîcheur d'une veillée sans migraine. Quinze minutes de pause toutes les demi-heures. Un vieux fourgon Mercedes nous dépasse pendant un de ces temps morts... un camion de teufers, tout le monde descend !!! Nous évoquons les raisons mutuelles de nos présences ici. Fête de hippie pour les uns, vie de bédouin pour les autres. Pour eux, la fête est finie, direction le Portugal. Nos hygiènes respectives équitablement indélicates nous invitent à la camaraderie. Les jeunes, attendris par notre condition de piéton au soleil, nous offrent de l'eau fraîche et de la marijuana sans gluten. Leur route continue tandis que notre pause devient escale. Rien ne presse, les jours sont longs, personne ne nous attend, la réception de notre hôtel est ouverte 24/24. Ce sera ce soir la clairière d'un chemin forestier. La biche du quartier, par ses râles répétés, nous fait comprendre que nous ne sommes que d'éphémères invités. La lune se lève, pleine et jaune.

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09juin 2017

Le bus fantôme

Notre arrivée à Bayonne avec une heure d'avance présageait du meilleur. C'était sans compter sur le sens des affaires de notre compagnie espagnole sensée nous conduire à Pampelune. A 11h30, notre car " Conda " devrait être là. Evidemment, on se renseigne, nous sommes au bon arrêt. Les bus " Macron" défilent sous nos yeux, nous demandons aux chauffeurs. Rien. Nous ne comprenons pas. A l' Office de Tourisme, personne non plus ne comprend...

Contrairement à François Fillon, nous avons compris que c'est foutu et nous activons le plan B : un bus de ville jusqu' à Hendaye, un arrêt toutes les deux minutes... puis le "petit train", plus proche du RER que du tortillard, jusqu'à San Sebastian. Enfin le charme des grandes gares routières espagnoles souvent en sous-sol. Un monde souterrain, des voyageurs en transit, des cafés, des restos...le patron de bar, comme le cheval de la mine de charbon, deviendra-t-il aveugle à la vue de la lumière du jour?? A San Sebastian, au guichet de la compagnie nous ayant fait faux bond, nous comprenons la technique commerciale qui au eu raison de nous. Quand il y a peu de préventes en ligne, ils rachètent des places aux "Ouibus" ou Flixbus". Le changement d'enseigne est alors redoutable pour le simple usager...

Nous atteignons finalement notre destination, Aoiz, quelques 2500 habitants. Nous laissons derrière nous les moyens de transports les plus modernes, nous voilà redevenus piétons. J'ai l'impression paradoxale de poser mon sac alors que je m'apprête à le porter pendant plusieurs jours. Les contraintes de la vie sauvage sont maintenant pour moi libératoires. A chaque nouvel épisode à pied, chaque nouveau départ, je laisse le flux de l'absolu m'envahir et il n'y plus qu' à se laisser bercer... Courses d'appoint, apéro d'arrivée, pieds dans la rivière : nous sommes prêts à quitter le village et commençons l'ascension sous les rayons d'un soleil moins toxique qu'aux heures chaudes. Un chemin qui coupe la piste, un petit plat dans un virage, une vue sur la vallée, ce sera suffisant pour notre première halte nocturne. Un ami, une bière, un coucher de soleil. S'endormir en nageant dans les eaux de ses pensées nomades.

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08juin 2017

Revoir la Navarre

Juin 2012 : fin de la première partie du gros oeuvre, Maroc, Espagne et la moitié de la France. Reste les finitions et leurs statuts bien particulier. On peut tout aussi bien s'en passer que les considérer comme un aboutissement. Restait donc quelques promenades à faire dans ces trois premiers pays. En quelque sorte boucher les petits trous. Des trous de première classe comme en avril dernier dans le Haut Atlas, irrésistiblement magnétique. Des trous de deuxième classe sans rechigner non plus comme dans le Morvan. Poinçonner, colmater, progresser... sans viser la performance

Juin 2017 : excursion en Navarre / Pays Basque. L' itinéraire choisi Aoiz / Bidarray sensé combler Sanguësa / Bayonne. En prolongeant la métaphore BTP, il resterait à faire les joints. Je serai cette fois ravi de pouvoir écrire "nous" puisque Bertrand m'accompagnera pour cette ballade. Voilà donc un spécialiste des terres ibériques, une autre promenade de ce même projet nous avait menés jusqu'à Puertollano il y a cinq ans. Ce sera la traditionnelle farandole de transports pour rallier notre point de départ. La première étape chez la famille Mathat. Demain, la deuxième jusqu' Aoiz, petit bourg de Navarre, en passant par Bayonne, San Sebastian, Pampelune...Viendront ensuite nos premiers pas en direction du Nord.

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15avr. 2017

Rétrocéder les clés

J' ai cette fois demandé un petit déjeuner berbère à Saïd. Pain, huile, thé. En bonus, olives et fromage. J'ai fait le début de cette ballade en 2007, il y a dix ans. Tout a changé, je ne reconnais rien. La terre de la piste est devenue bitume, les maçons ont eux aussi bien bossé, les maisons ont poussé. Je trouve rapidement l'itinéraire bis, un chemin muletier assez fréquenté qui coupe les lacets de la route. Pente raide mais ombragée. Après un jour de repos, les jambes ont faim et j'avance à vive allure de mulet. Les premiers 600m de dénivelé sont une formalité. Au col, à 2350m, un bouiboui propose des boissons fraîches. j'avais déjà fêté cette première ascension à coups de Coca une décennie auparavant. Je me désaltère, soigne mon taux de glycémie. On me propose une chambre à Tachddirt, je ne m'engage pas, il est encore tôt. Je reprend mon chemin par la route/piste qui se termine à Tachddirt. Plus de réseau téléphonique. Voilà le fameux Tachddirt qui pointe le bout de son nez. Un fond de vallée minéral. Un village sec pas très appétissant à première vue. Un autochtone décidé à me suivre pour le dernier kilomètre. Monologue bipolaire d'un déjanté : " Boire le thé ? " ou "Gîte ?". Notre ami est splendiose, un vrai personnage de BD : oreilles décollées, bassine en fer sur la tête, vocabulaire restreint, démarche insolite. Nous faisons la paire. La scène est cinématographique, proche de la poésie de l'abstraction jubilatoire ou de la quintessence de l'universalité. Nous sommes des personnages de western et notre arrivée en ville fait sensation... J'attendrai le bout de la piste pour les séparations. J'étais la seule proie potentielle de la journée. Mais qui n'aura pas mordu à l'hameçon. Et je continue jusqu'à ma destination finale : Oukaimden, la station de ski du Haut Atlas. Reste un dernier col, à 2950m d'altitude, avant d'apercevoir le premier télésiège. L'air est frais, je troque casquette contre bonnet, un coupe-vent est pour la première fois le bienvenu. L' oxygène se raréfie , je me traîne péniblement jusqu'au sommet. C'est l'heure du thé pour les bergers de Tachddirt. Je me déleste de mes derniers biscuits. Ce thé a le goût du Champagne, la gueule d'un drapeau à damier. Les bergers comprennent ma légère volubilité quand je leur dit qu'il y a une semaine, j'étais là bas où le soleil se couche, à plus de 150km à l'ouest. L'idée de l'arrivée, comme toujours ensuite, me plonge dans un profond tourment... Mais je me raccroche à ce que disait Guillaume de Machaut au XIVe siècle en composant son rondeau reversible : " Ma fin est mon commencement " Marcher pieds nus dans l'herbe verte et spongieuse finira de me libérer de ce pincement au coeur. Je retarde l'échéance en zigzaguant dans la prairie, je suis Laura Ingalls...

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14avr. 2017

Chill out

Pas d'objectif aujourd'hui. Déjà, je suis gâté. J'ai la plus haute terrasse panoramique du pays. Alors je cherche le meilleur café du patelain, que je ne trouverai pas. J'emprunte un bout du chemin du lendemain. Karim emmène des touristes espagnols chez lui pour le repas de midi. Il me propose de le suivre, je recroise Brahim et Hassan, deux des muletiers. Comme à la maison, j'engloutis une délicieuse salade, à prix libre... Le temps s'écoule doucement. Je remonte tranquillement sur les hauteurs pour profiter de la fin d'après-midi. Bart, un hollandais déprimé, me dresse une liste exhaustive de tous ses problèmes de voyage : trop chaud et trop de monde à Marrakech. Un peu trop froid en montagne, en plus, il n' a pas de chaussures pour marcher...Le thé à la menthe est trop sucré, etc... Je lui fais une contre-liste pour lui montrer que le plaisir est là, tout près. Me reste 25km pour finir ma mission, deux jours en mode promenade du dimanche, un seul en mode warrior. Demain nous dira...

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13avr. 2017

Vers Imlil

Ce sera une journée sans effort si on peut dire. Pas 15kg sur mon dos. Pas de souci avec l'orientation. Quand même 27km, quand même 1700m de dénivelé. Départ à la frontale à 6h15 en compagnie de mes amis muletiers.

Je suis la voiture balai du convoi. Et je peux étudier la belle machine qu'est le sabot de mulet tandis qu' à dos d'équidé se joue le debriefing du match de foot de la veille. Nous atteignons le premier col à plus de 2385m d'altitude aux premiers rayons du soleil. Mes congénères descendent pour la première fois de leur monture. Les animaux s'abreuvent, pas leurs propriétaires. Je bois car je ne suis pas cavalier. Aujourd'hui, sans mon bât, je suis une sauterelle, touchée par le ravissement. L'apesanteur mentale. Le rêve éveillé. Peut être la récompense des efforts de la veille. J' archive évidemment le tracé de cette randonnée. Je papote avec Brahim, le chef de la troupe. Il y a des gîtes dans le coin, mais pas de panneaux, il faut connaître... Nous descendons jusqu'à l'oued. Vallée d'Azzagen parallèle à celle d'Imlil. De Ouirgane à Tizi Oussem. Enorme. Nous remontons pour atteindre la piste. Village d'Ait Aissa. Pause épicerie avant d'attaquer la deuxième étape de montagne par le chemin muletier. La mule de Brahim a 25 ans et ne tarde pas à tomber en panne sèche. La langue pendant sur le côté du mors. Plus moyen d'avancer. Délestage maximum, nouvelle pause. La caravane s'effiloche, tout le monde se retrouvera au col. Je profite de la lenteur, il fait 30°C. Au sommet, les mules sont en nage, pareil pour moi. Elles se roulent dans la poussière, je file à l'ombre. Sardines, Vache qui Rit, biscuits, soda, le Kaskrout marocain par excellence. Nos pains " de voyage " sont à bout de souffle mais font le job. Une sieste serait la bienvenue mais pas la peine d'y penser. Encore deux ou trois heures jusqu' à Imlil, nous avons tous envie d'en finir. Encore une descente bien raide, les jambes deviennent échasses, rigides. Le chemin devient piste. La piste devient route. Défilé de 4X4 et de bus touristiques pour les cinq derniers kilomètres. Imlil me fait l'effet d'un Las Vegas. Après 6 jours de marche, plutôt Las Vegas Parano... Les amis muletiers me laissent sur place, je leur tend un billet pour le portage. Ils sont pressés de rentrer, me voilà seul au milieu d'une petite jungle. Impossible de passer la nuit là-dedans.

Une terrasse de café, un Coca, un temps d'observation. A côté de moi, deux gars discutent, classe naturelle, la bonne ambiance est de mise, on boit le café. Je m'adresse à Samir et Rachid pour un plan logement " sympa " . La flèche fait mouche. Ils bossent pour une auberge en tant que guides. Ils me disent qu'elle se situe derrière l'arbre, oubliant de me dire que c'était derrière l'arbre le plus loin, en haut de la colline...Impossible de refaire 200m de dénivelé après une journée comme celle là. Mais impossible n'est pas berbère, c'est donc Hassan et son mulet GTI me conduira jusqu'au perchoir...un appartement pour moi, un repas aussi copieux que délicieux, un lit douillet. Demain, je vote pour les vacances!!!

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